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Une semaine avec les Gars’Pilleurs | L'Agence des Copains

Une semaine avec les Gars’Pilleurs

Unai :

Vendredi 7 novembre, dans l’après-midi, je reçois un message d’une copine ex-lyonnaise : les Gars’pilleurs, un collectif lyonnais actant contre le gaspillage alimentaire est en train de réaliser un tour de France de la récupération. Leur principe d’action est simple : récupération de denrées alimentaires consommables dans les poubelles des boulangeries, magasins et autres supermarchés puis distribution publique gratuite le lendemain, afin de sensibiliser tout un chacun aux gaspillages opérés par les grandes enseignes, sans que les consommateurs en soient nécessairement avertis. Il s’agit également de réfléchir sur nos propres modalités de consommation, trop souvent passives et/ou permissives.

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Ni une ni deux, je jette un coup d’œil à leur site internet, histoire de vérifier leurs dates de passages dans la région. Le 17 novembre à Montpellier, le 19 à Millau, ensuite la ZAD du Testet puis Toulouse, etc… Très bien, rendez-vous est pris. Le 17 à 20h, rendez-vous à l’arrêt de tram Rondelet, à Montpellier. Quentin et Julia m’accompagnent, nous retrouvons quelques personnes qui attendent comme nous. On fait la conversation tranquillement en attendant les Gars’Pilleurs. La nuit est tombée. Malgré les trams qui se succèdent à intervalles réguliers, peu de personnes passent dans le quartier. Ambiance de rendez-vous secret et illégal. Finalement, nous sommes une petite dizaine au moment où les organisateurs, Benji et Pimprenelle, arrivent. Après quelques infos et consignes, nous décidons de nous séparer en deux groupes pour arpenter le centre-ville, dans deux directions différentes. Benji et Pimprenelle se séparent, chacun dans un groupe. Nous partons, en compagnie de trois autres personnes, avec Pimprenelle.

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Première tentative.

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Recherche d’une nouvelle destination dans le centre de Montpellier.

Malheureusement, l’horaire n’est pas très bien choisie. Au gré de nos errances dans le centre-ville, nous nous retrouvons très souvent à suivre les éboueurs de près, les poubelles sont majoritairement vides. Quelques-unes sont encore fournies, mais nous n’y trouvons rien d’intéressant, hormis différents plastiques ou cartons. Au bout d’un certain temps, et après avoir tenté de visiter les poubelles de quelques grandes surfaces proche du centre sans succès, nous décidons de retourner à notre point de rendez-vous, à Rondelet.

Course avec les éboueurs.

Course avec les éboueurs.

Rapide discussion avec deux éboueurs. Très sympas, ils nous donnent des tuyaux pour la récup.

Rapide discussion avec deux éboueurs. Très sympas, ils nous donnent des tuyaux pour la récup.

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Pas de nourriture ici.

L’autre groupe, lui non plus n’a rien trouvé de notable. Cependant, Benji nous raconte avoir croisé une ancienne connaissance, glaneur lui-aussi. Après avoir été arrêté par la BAC (Brigade Anti-Criminalité) lors d’une nuit de récup’, il est en attente d’un procès pour avoir « frauduleusement soustrait des denrées périssables avec date dépassée », c’est-à-dire pour avoir volé (!) de la nourriture jetée car considérée comme impropre à la consommation. Le motif sanitaire est ici totalement fallacieux et c’est bien la violation de propriété (quand bien même uniquement pour fouiller des poubelles…) qui est le véritable motif des poursuites. L’homme passera devant le TGI de Montpellier le 3 décembre. Les Gars’Pilleurs ont depuis écrit et diffusé un communiqué incitant à une mobilisation de soutien devant le tribunal, à la date prévue.

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Convocation à comparaître devant le TGI de Montpellier

Entendre cette histoire nous inquiète un peu plus quant à la nuit qui va suivre. Nous nous apprêtons à commettre les mêmes actions et qui plus est, dans la même ville. Il faut cependant savoir que la fouille de poubelles n’est pas répréhensible en soi. En matière judiciaire, les déchets sont considérés Res Nullius, c’est-à-dire n’appartenant à personne si ce n’est au premier à s’en emparer. Il en va ainsi de tout les déchets déposés sur la voie publique. Le problème étant que de nombreuses enseignes conservent leurs déchets sur terrain privé, dans des enclos fermés, dont les murs sont parfois surmontées de barbelés ou les portes gardées par un vigile. Circulez, y a rien à voir. Ou désobéissez.

Julia :

Nous nous organisons donc en 3 groupes pour tenter notre chance en périphérie de la ville. Les équipes se forment : 3 dans le camion, 4 dans une voiture, 3 garçons et moi dans la Toyot, je m’installe derrière le volant. Les convois s’animent, et nous voilà partis en direction de St Jean de Védas. Sur la route, nous faisons connaissance, aucun d’entre nous n’a vraiment d’expérience dans la récup’ de poubelle mais nous sommes tous excités par cette aventure nocturne. Nous traversons la ville, les rues sont très calmes, pas âme qui vive, plutôt positif quand on cherche à plonger illégalement dans les poubelles. Au bout de l’avenue, une boulangerie, nous stoppons. Gants, sacs ; direction les poubelles que nous dépouillons des quelques clémentines qu’elles contiennent puis retour à la voiture. Au loin, un véhicule bleu nous fait des appels de phares, un gyrophare s’allume. Personne ne bouge, mon cœur cogne un peu plus fort dans ma poitrine, je prépare les papiers de la toyot, tandis que les gendarmes contournent la boulangerie. Ils réapparaissent de l’autre coté du bâtiment et passent au ralenti devant nous. Ils s’éloignent. Ouf ! Nous avons bien fait de laisser les lieux propres. La pression retombe et nous reprenons la route. Quelques mètres plus loin, nous repérons un supermarché. Arrêt de la voiture, gants, sacs, nous faisons le tour, dans un sens, dans l’autre, nous voila à nouveau près de la Toyot, mais où sont les poubelles ? Un peu à l’écart en voilà une, celle du magasin ou des maisons voisines ? Nous l’inspectons : des paupiettes dans leurs emballages, des tomates, des endives sous plastiques. Pas de quoi nourrir un régiment… Nous embarquons le tout et remontons dans la voiture sous le regard interloqué de quelques résidents. Sur la route, nous suivons des panneaux en direction d’un centre commercial. Arrêt sur le parking, gants, sacs, nous voilà repartis. Nous passons un portail, de la lumière sous une porte, silence total. Nous explorons les alentours, rien. Nous changeons de magasins, fouillons les poubelles de restaurants, escaladons des barrières. Rien. 23h, mon estomac gargouille, je regrette de ne pas avoir prévu de casse dalle, j’espérais que les poubelles combleraient mon appétit. L’un des garçon propose de tenter le Quick qui se trouve à nos cotés. L’idée de distribuer de la malbouffe ne me convient pas vraiment, ni aux deux autres mais face à notre mince récolte, nous tentons le tout pour le tout. Je reste dans la voiture, moteur allumé et phares éteints. Ils réapparaissent, un sac à la main et me présentent leurs victuailles : quatre sandwichs encore chaud, j’ai l’impression de vendre mon âme au diable, mais la faim est la plus forte, j’accepte le burger qu’on me tend. Le ventre plein, l’aventure reprend. Direction la biocoop, pas de poubelle en vue, à l’arrière un immense portail. Du fil barbelé au sommet nous dissuade de le franchir. Nous tentons un dernier magasin en ces lieux, un carouf. Une benne géante se situe à l’arrière, sans la voir il est possible de la repérer à l’odeur… L’un de nous l’escalade elle est fermée et sert principalement à compresser les invendus et périssables… Elle est jouxtée par une autre qui n’est pas fermée. P demande de l’aide pour la maintenir ouverte, je grimpe pour le rejoindre. En m’appuyant sur le dessus de la première benne, je sens sous mes doigts un truc visqueux qui cède sous mon poids. Je m’active et me retrouve debout sur la benne, en baissant les yeux j’aperçois une famille d’asticots qui nous a devancé dans la récup’. J’essaie de ne pas y penser pendant que je maintiens ouverte la seconde benne. P disparaît à l’intérieur, au bout de quelques minutes, il en ressort, bilan de la récolte deux choux et une aubergine… Je désespère un peu. Minuit approche. Nous terminons notre tour par la visite d’un espace commercial au centre. Choux blanc. Un peu dépités nous décidons de retourner au point de ralliement, après avoir consulté les autres par téléphone. Sur le chemin du retour, Ph aperçoit de l’autre coté de la voie une boulangerie. Raillerie de ses camarades, lui qui n’a pas le sens de l’orientation pourrait-il nous mener à un trésor ? On fonce droit vers les poubelles de la dernière chance, au dessus un grand sac noir. Chacun pose une main dessus et nous l’ouvrons ensemble. Le sac est gorgé de viennoiseries de toutes les couleurs! Euphorie totale, nous rassemblons les victuailles et retour au bercail où nous attend l’équipe de Pimprenelle Pour eux la récolte fût bonne, deux sacs remplis de sandwich froids et frais. La dernière équipe mené par Unai, Quentin et un Benji arrive à son tour.

Unai :

En arrivant à Rondelet, nous déchargeons du camion deux cabas remplis d’épinards, seules victuailles intéressantes sur lesquelles nous avons pu mettre la main. Ce n’est pourtant pas faute d’avoir essayé, pendant des heures nous avons arpenté le Nord-Est de Montpellier, de grande surface en centre commercial, de centre commercial en grande surface. La plupart du temps, les poubelles étaient vides ou irrécupérables (déchets en tout genres mélangés, emballages éventrés…). Dans une poubelle à proximité d’un Aldi, nous trouvons deux oiseaux morts. Surprise macabre.

Événement un peu marquant, un contrôle de gendarmerie sur le fait, alors que nous vidions des fameux épinards deux bennes d’un Lidl. Petite frayeur, même si les agents se sont révélés plutôt sympathiques, sans volonté particulière de nous empêcher de continuer notre action. Après un rapide contrôle d’identité, ils nous demandèrent simplement de laisser les lieux propres, ce qui, bien sûr, était notre intention première. Il est déjà tard, nous repartons tenter quelques autres magasins avant de rebrousser chemin. Sur la route, Benji nous confie que les gendarmes sont habituellement les plus aimables, a contrario de la police nationale ou de certains vigiles, souvent hostiles.

Presque appétissant...

Presque appétissant…

En arrivant les derniers, un peu penauds de notre récolte toute relative, nous admirons ce que les autres ont pu ramasser. C’est peu, mais c’est mieux. Nous fixons un rendez-vous pour le lendemain à midi devant l’université Paul Valery, pour la distribution publique. En attendant, une nuit de sommeil ne sera pas de trop, surtout pour les deux Gars’Pilleurs, visiblement exténués par le début de leur Gaspi’Tour.

Julia :

Mardi 18 novembre à midi, après une courte nuit Unai et moi partons en direction de la faculté de Paul Valéry afin de distribuer les fruits de notre récolte de la veille.

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Arrivée sur les lieux

Lorsque nous arrivons, les Gars’pilleurs ne sont pas encore là, en revanche une association d’étudiants distribuent gratuitement des petits déjeuner à l’entrée de la fac. Le temps d’un café et nous apercevons le camion qui arrive. Première étape : s’assurer de ne pas déranger l’asso d’étudiants lors de la distrib’ et éviter qu’ils nous prennent pour des concurrents. D’autant plus que le fait de distribuer des denrées sur la voie publique, bien que ce soit toléré, n’est pas autorisé légalement. Les arrestations sont peu fréquentes, dans les faits on assiste plus souvent à des « obligation de déguerpir » (comme ce fut le cas lors de l’étape du Gaspi’tour à Grenole). Pour être légale la distrib’ nécessiterait de respecter certaines règles :

  • Une décharge en faveur des distributeurs devrait être signée et datée par les bénéficiaires de la nourriture, qui devraient certifier oralement avoir compris que cette nourriture pouvait être périmée, provenir de poubelles, voire même être potentiellement empoisonnée.
  • La nourriture devrait être « vérifiée » dans la mesure du possible par les distributeurs.

Pour rester dans notre logique nous avons donc agi sans aucune autorisation légale, mais avec l’accord de l’asso étudiante. Nous installons nos victuailles sur des planches et tréteaux, la distrib’ commence.

Je m’empare de flyers, d’autocollants et m’avance vers des étudiants : « Bonjour, nous faisons une action de sensibilité au gaspillage alimentaire, tous les aliments qui se trouvent derrière moi ont été récupérés dans les poubelles de boulangeries et grandes surfaces, et nous les distribuons gratuitement afin que les consommateurs prennent conscience de cette réalité ». Il est étonnant de voir que les gens réagissent principalement à l’entente de deux mots : « gratuit » et « poubelle ». Au premier ils s’arrêtent, au second ils hésitent. En réalité, on a rapidement tendance à associer la gratuité à la nécessité et pour beaucoup, ramasser dans les poubelles est le dernier recours possible quand on a faim. Or selon les Gars’pilleurs, cette action vise en premier lieu les détenteurs d’un pouvoir d’achat, car ce sont bien eux qui ont le choix dans la façon de consommer. Se rendre dans les grandes surfaces implique en effet de soutenir un système qui accepte le gaspillage alimentaire, le prix d’un aliment incluant un pourcentage de perte basé sur le vol mais également sur tous les produits abîmés, invendus et périmés.

Pour répondre aux inquiétudes à propos de l’hygiène des produits récoltés, les Gars’pilleurs expliquent qu’il suffit de faire confiance à ses propre sens, que nous avons tendance à remplacer par la foi en la DLC (Date Limite de Consommation), pour s’apercevoir qu’un aliment est toujours consommable : l’aspect, l’odeur, le gout et l’emballage (ne doit être ni percé ni gonflé). Cela s’est d’ailleurs confirmé par la suite, car face à l’étalage les gens inspectaient les produits avant de se laisser tenter par un fruit, un sandwich ou une viennoiserie.

Nous sommes restés une heure devant la fac pour un bilan fort positif : les trois quarts de nos victuailles ont été distribuées et la grande majorité des gens ont félicité notre démarche, beaucoup d’entre eux ont été surpris des trésors dont regorgent les poubelles de Montpellier. Prochaine étape Millau!

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C’est comme au marché, sauf que c’est gratuit!

 Milan :

Millau, mercredi 19 novembre, 21h, rendez-vous au QG avec les activistes. Unai m’a proposé une mission nocturne du même type que celle à laquelle il avait participé dans la ville de Montpellier. Je décide d’y aller, non pas seul, oh non, mais bien accompagné par un autre ami renommé par mes soins Citron. Arrivé au QG sans encombres, je fais la connaissance des membres du mouvement des Gars’Pilleurs, Pinprenelle, Perche et Benji. Pour sympathiser, il me font goûter une étrange substance. Peut-être un rite pour entrer dans la confrérie Je l’accepte,la sens, la croque, l’avale, non sans un sourire aux lèvres.
Parmi les autres personnes présentes ce soir là, une jeune demoiselle (J-D) que je connaissais de longue date était présente. Ils avaient, elle et Unai, acheté une partie de l’attirail nécessaire au bon fonctionnement de la mission, des gants. Je m’en étais moi-même préalablement procuré.

Derniers préparatifs avant départ.

Derniers préparatifs avant départ.

Pas d’autres personnes en approche, le petit groupe de fortune que nous avons créé étant au complet, nous décidons de notre angle d’attaque.
Le groupe se sépare en deux:
– Unai, J-D, Citron et Benji, un des vétérans du gang, dans une berline qui parcourra le Nord et l’Est de la ville
-Perche, Pimprenelle et moi-même au volant du Gaspi-Truck pour le Sud et l’Ouest.
On me dit que la substance était en fait du chocolat.
Nous nous mettons en route.
En entrant dans le camion et ne me connaissant pas encore, Perche me demande ce que je fais dans la vie, je lui réponds que je fais partie des Renseignements Généraux (le doux nom de RG). Sa gorge se crispe dans un « Sérieux?! ». Évidemment que je ne l’étais pas, ce qu’ils comprirent bien vite. La blague est bien passé, je suis content.

La séparation en deux groupes nous permet de partager nos savoirs, tant dans le glanage que dans la connaissance de la ville.
Notre premier arrêt est un Carrouf’. Dans un premier temps, nous avons du mal à trouver où se situe l’objectif. Les poubelles de cette grande surface étant bien cachées nous décidons de faire le tour par le terrain vague d’à coté. Dans le noir, nous enjambons un cours d’eau pour le retraverser plus loin. Les premières lignes de défense en territoire ennemi passées, nous entrons dans l’enceinte du lieu sacré. Petit moment d’adrénaline. Malheureusement, les denrées jetées par le supermarché sont détruites par un compacteur. Perche décide quand même d’y jeter un œil, il soulève le couvercle tant bien que mal quand, d’un coup d’un seul, un chat bondit hors de la machine.
Faute d’avoir trouvé un bon butin, nous aurons au moins sauvé une vie, maigre réconfort quand j’y repense… Après tout, le chat aurait très certainement pu se sortir de là tout seul. Le salaud.
Nous voilà repartis en direction de la zone industrielle, petit arrêt rapide dans les poubelles d’un primeur. Elles nous accueillent à couvercle ouvert, nous proposant des salades emballées et en parfait état.

En direction du Leclerc, un arrêt à Promocach. Rien. Si. Des champignons.

Sur le chemin, on aperçoit la boulangerie centrale. Une voiture garée. A l’intérieur, lumière de l’habitacle allumée, un homme tout de noir vêtu.
On continue sur l’arrière du bâtiment, deux immenses poubelles de trois mètres de haut. Perche escalade pendant que Pimprenelle et moi vérifions que personne n’arrive. Les lumières du bâtiment sont allumées. « Y a rien », lance Perche. Un bruit. « Ok on dégage ». Moment de stress, des bruits de portes qui s’ouvrent, des pas, on remonte dans le camion. Pas le temps de voir si quelqu’un approche que nous voila repartis, sans trace du vigile qui n’en était peut-être pas un.

Leclerc, parking vide, il est 23h. Nous roulons phares éteints, sur la droite, le tracé d’asphalte nous mène sur deux poubelles, elles sont pleines! De pleines pelletées de viande emballée sous vide. Du boudin, du jambon, du poulet, des plats cuisinés. Perche est tout de même suspicieux, il veut goûter, sentir, toucher, utiliser tout ses sens pour être bien sûr que le trésor en est bel et bien un. Et en effet, sans surprise, la viande est bonne, laissée là à l’abandon, n’attendant que d’être incinérée dans les centres de la honte.
Deux cabas remplis, nous voilà contents, on amène tout ça au camion. Avant de partir, Perche, désirant ne rien laisser de côté, décide d’aller voir derrière le supermarché. Nous l’attendons, il disparaît derrière le mur d’enceinte. A l’autre bout du chemin, il nous fait signe, nous le rejoignons en prenant bien soin de cacher nos visages sous capuche/casquette par méfiance de l’œil électronique qui nous surplombe.
Nous arrivons, une dizaine d’autres poubelles, je me dis que si elles contiennent les mêmes quantités que ce que nous venons de trouver, il s’agira pour moi d’une grande victoire face à la société de consommation que nous nous efforçons de combattre ce soir.
J’ouvre la première poubelle, du plastique et des cartons, la deuxième, idem, la troisième, des cintres et des objets divers. Des objets divers en parfait état, des objets divers avec emballage, pas même abimés ! J’hallucine, des ampoules, des sangles, le parfait matériel de retouche de peinture pour voiture, des couvres pare-brise, des gants de nettoyage, etc… Qu’est-ce que ça fout là? Pourquoi ont-ils jeté ça? Je ne sais pas, mais peut-être pourrons nous au moins en faire profiter d’autres.
Dans une autre poubelle, encore de la viande, et dans une autre, des viennoiseries, beaucoup de viennoiseries.
Mais tous ça n’est rien comparé à la poubelle du Leclerc. J’ouvre et regarde: « Je crois qu’il nous faut plus de sacs. »
En effet, la poubelle est pleine à ras bord. Des yaourts de toutes marques, de toutes tailles, de toutes les couleurs, pour tout les goûts. Je commence le glanage. Parmi les yaourts, je trouve du miel, bio qui plus est. Honnêtement, je ne m’attendais pas à trouver autant de « déchets », je me suis même surpris à trier certain produits par rapport à mes goûts tellement la quantité est impressionnante. Ça n’en finit pas, je n’ai d’ailleurs jamais atteint le fond de la benne.
En allant chercher des sacs supplémentaires, Perche a trouvé des caddys sur le chemin, avec leurs jetons: « Il nous poussent vraiment à faire nos courses ». Nous remplissons, dé-remplissons après nous être rendu compte qu’il aurait fallu empiler les sacs correctement si nous voulions que tout puisse rentrer dans les deux caddys.
Perche immortalise notre victoire dans un flash. « Vos têtes seront floutées, pas d’inquiétude ! »
On apporte le butin au camion pour jouer à Tétris avec la récolte.
Pendant notre prise au Leclerc, j’ai eu le temps de répondre à trois coup de fils, l’autre groupe avait subit un échec relatif et nous proposait du renfort. Mais nous avions terminé. Veni vedi vici.

Retour au QG. Partage des récoltes. Je me sentais assez fier de présenter le butin à la bande, de leur laisser admirer nos exploits de bataille.

Et c’est ainsi que s’acheva notre soirée, chacun prit de quoi se restaurer dans l’opulence des cabas plein à craquer s’amoncelant dans le camion. Tel des robins des bois citadins, nous n’avions plus qu’à nous dire à demain pour une distribution dans la ville des 300kg que nous avaient offert les diverses grandes surfaces.

Unai :

Le lendemain, nous nous retrouvons à midi sur la place Emma Calvé pour la distribution. La quantité de nourriture à distribuer est bien plus imposante qu’à Montpellier. Malgré que nous n’ayons déchargé que la moitié du camion, le stand ne suffit pas contenir l’ensemble des yaourts, plats cuisinés, fruits et légumes que nous proposons. Les aliments s’entassent à même le sol.

C'est parti, on décharge.

C’est parti, on décharge.

Quelques personnes ont répondu à l’appel et sont présentes, quelques médias également. Les Gars’pilleurs donnent des interviews et accostent les passants pendant que les gens flânent autour des ex-marchandises et se servent, souvent timidement, parfois franchement. Comme à Montpellier, certains éprouvent un malaise à l’idée de récupérer gratuitement des produits de consommation, considérant que la gratuité devrait être réservée aux plus démunis.

L’opération a duré environ une heure et demi, encore une fois les retours ont été dans leurs grande majorité très positifs. L’idée de la récupération semble avoir fait un bout de chemin dans les esprits de certains, qui commencent à envisager de mener ce type d’action par eux-mêmes. Tant mieux, la dimension pédagogique du Gaspi’Tour, dont l’un des objectifs est justement d’apprendre aux gens à créer leurs propres groupes et à s’autonomiser dans l’action, semble porter ses fruits. Les Millavois savent désormais quel(s) magasin(s) cibler en priorité.

Bien entendu, tout n’a pas été distribué faute de suffisamment de passage et/ou de médiatisation en amont. Cependant comme dit le dicton, rien se perd, tout se récupère, les produits qui n’ont pas trouvé preneur sont de nouveau embarqués dans le camion et seront offerts à la ZAD du Testet où les Gars’pilleurs vont se rendre avant de continuer leur route à Toulouse puis dans le reste de la France. C’est d’ailleurs à Toulouse que nos chemins se croiseront encore une fois, d’abord à la manifestation du 22 novembre puis le 23 pour une nouvelle opération récup/distrib qui aura fait venir (beaucoup) plus de monde.

La rencontre des Gars’pilleurs aura en tout cas été marquante. Perche, Pimprenelle et Benji se sont révélés véritablement agréables à côtoyer, à la fois soudés, sensibles, drôles et investis, alchimie trop rare dans le milieu militant pour ne pas être relevée. L’expérience de la récup’/distrib’  nous a semblé fondamentalement positive par de nombreux aspects. L’action d’abord, parce qu’elle est illégale est excitante, le temps d’une récup’ on a les nerfs à vif, on observe, on écoute, on se fait discret. Quand ça marche, la même joie s’empare de nous que celle que nous ressentons à la fin d’une chasse au trésor. On est fier. Collectivement. Et cette fierté est ensuite légitimée et valorisée le lendemain par le regard des gens. J’ai rarement vu une action militante visant le grand public être aussi bien reçue qu’une distribution publique, et ça fait vraiment plaisir. Sentir qu’au moins sur ce sujet une grande majorité tombe d’accord, est véritablement ressourçant.

Merci à vous Gars’Pilleurs, de nous avoir fait connaître votre combat. Grâce à vous, nous continuerons à plonger dans les poubelles!

J. Couffin, Milan D. et U. Aranceta, pour l’Agence des Copains

Plus d’infos sur le site des Gars’Pilleurs.

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