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Trois glaneurs inculpés : suite et fin. | L'Agence des Copains

Trois glaneurs inculpés : suite et fin.

Retour au Tribunal de Grande Instance de Montpellier. Le procès d’Adrien, Léa et Mike, trois jeunes jugés pour avoir dérobé des marchandises périmées dans les poubelles d’un Intermarché, a lieu aujourd’hui, mardi 3 février 2015.

L’audience devait initialement avoir lieu deux mois plus tôt, le mercredi 3 décembre, mais avait été repoussée suite à un mouvement de grève des avocats, contre la loi Macron.

Devant le tribunal, une soixantaine de personnes venues en soutien sont réunies. D’autres sont déjà à l’intérieur. Un petit buffet, dont certains produits sont issus de récupération, est installé.

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L’entrée dans le tribunal se fait par un tourniquet ne laissant passer que quelques personnes à la fois. Immédiatement après, contrôle de sécurité. Chacun est prié de vider ses poches de tout objet métallique, puis de passer sous un portique de détection des métaux. Forcément, ça crée un bouchon et dans la file, ça déconne sur la sécurité, le terrorisme…

Presque une personne sur deux déclenche la sonnerie du détecteur en passant, mais les policiers lâchent toujours un : « Ça va. Passez. ». On en vient à questionner l’utilité d’un tel contrôle, à quoi bon nous faire passer au détecteur si, de toutes façons, sonnerie ou pas, on arrive à passer sans être inquiété ? Peut-être que le protocole de sécurité est appliqué plus sévèrement sur des individus considérés « suspects », la sonnerie du détecteur ayant un rôle de légitimation des contrôles au faciès ? Mais ne tirons pas de conclusions trop hâtives, nous n’avons assisté à rien de tel.

150203_UA_0125A l’intérieur du tribunal et à proximité de la salle d’audience où doivent être jugés Adrien, Léa et Mike, une cinquantaine de personnes sont déjà présentes.

150203_UA_0142Assez vite, nous décidons d’entrer dans la salle. Problème, ici aussi ça bouchonne. Apparemment, il n’y a déjà plus de places à l’intérieur et il nous faut attendre que des gens sortent pour espérer entrer à notre tour. Qu’a cela ne tienne, on tente de se faufiler. J’arrive à passer mais les copains se retrouvent bloqués par des policiers qui décident de fermer totalement l’accès à la salle. Juste derrière moi, une engueulade entre un mec se revendiquant journaliste et un flic :
«

  • Sortez monsieur.

  • Parlez-moi poliment.

  • Je vous ai demandé de sortir.

  • Ne me touchez pas, je suis journaliste, vous m’empêchez de faire mon travail.

  • Ne m’obligez pas à vous sortir… »

Le mec s’est fait sortir de la salle de force. Martin, Quentin et Théo ont assisté à l’altercation qui s’est poursuivie dans le hall du tribunal, accompagnés de plusieurs personnes qui n’avaient pas pu rentrer. L’homme interpellait constamment les spectateurs en les poussant à filmer ou prendre des photos. Les deux policiers qui l’ont emmené dans un coin pour discuter l’ont effectivement plaqué contre le mur et ceinturé à plusieurs reprises, l’étranglant au passage avec un bras ou une main…

La majorité des témoins de la scène était assez outrée de la violence avec laquelle il s’est fait remettre à sa place, sans pour autant avoir assisté au déclenchement du litige.

Finalement, le type est revenu après coup, plus énervé que meurtri, mais l’échange aura été animé.

Pendant ce temps, les autres policiers présents dans la salle font sortir les quelques personnes n’ayant pas trouvé de place assise, à l’exception des journalistes, autorisés à rester debout à l’arrière de la salle. J’ai déjà sorti mon carnet, on me laisse assister à l’audience.

Ça commence. Les accusés sont appelés à la barre. Seuls sont présents Adrien et Léa, Mike n’est pas là.

Le président commence son interrogatoire en s’adressant à Léa, il expose les faits (franchissement d’une barrière pour accéder à des conteneurs contenant la nourriture « volée »), que la prévenue admet. Elle est ensuite interrogée sur l’origine de ses relations avec les deux autres prévenus. Léa déclare qu’au moment des faits, elle connaissait Adrien depuis quelques mois et Mike depuis seulement quelques jours, et qu’ils s’étaient tout trois connus dans les squats montpelliérains. L’avocat de la défense, maître Gandini, tente à un moment d’intervenir mais est rembarré assez sèchement par le président de la cour : « Laissez-moi mener mon interrogatoire, vous pourrez ensuite faire votre travail. ».

A ce moment de l’audience, un certain chahut dû aux allées et venues de la police cherchant à interdire l’accès à la salle m’empêche de bien entendre l’intégralité de ce qui se dit à la barre. Je me décale.

Le procureur entame son réquisitoire en prenant acte, avec des accents d’indignation, de l’effervescence médiatique, du « buzz » qui entoure le dossier des trois récupérateurs. Selon lui, l’affaire ne concernerait finalement que très peu les deux prévenus présents mais bien plus leur troisième comparse, Mike, accusé dans une autre procédure de vol de voiture. C’est d’ailleurs pour cette raison, selon les dires du magistrat, que l’équipe aurait été interpellée par la BAC pendant leur récup’ ; le véhicule, déclaré volé, conduit par Mike aurait attiré l’attention des policiers. Cela étant, le procureur admet qu’il s’agit là d’une affaire différente et semble par conséquent assez mal à l’aise pour plaider quant à la véritable affaire, celle de « vol de denrées périssables avec date dépassée ».

Considérant la récupération de nourriture comme un acte de militantisme, le procureur objecte simplement aux prévenus que, plutôt que d’aller se servir directement dans les poubelles du supermarché, ils auraient dû demander au préalable la permission aux personnes responsables. En ce sens, les prévenus sont selon lui coupables d’avoir par eux-mêmes pris le droit de se servir. Le magistrat demande donc à ce que les prévenus soient reconnus coupables, mais dispensés de peine eu égard au manque de gravité des faits et, bien que ceci ne soit pas explicité, sans doute en raison de la médiatisation du dossier et du soutien dont disposent Adrien et Léa.

A la suite du procureur, l’avocat de la défense prend la parole. Son plaidoyer est basé sur l’état de nécessité, défini par l’article 122-7 du code pénal, dans lequel se trouvaient Adrien, Léa et Mike. Selon lui, la situation matérielle précaire d’Adrien et Léa (lui est technicien son intermittent, elle est étudiante) aurait justifié la transgression de la loi, en réponse à une nécessité impérieuse, en l’occurrence celle de se nourrir. L’avocat compare au passage la banalité des faits qui sont reprochés à la gravité des charges qui pèsent contre les prévenus.

Rappelons que, théoriquement, les trois prévenus auraient pu risquer jusqu’à sept ans de prison ferme, alors même que le supermarché dont il est question n’a pas souhaité se porter partie civile, n’a constaté aucune infraction et ne demande aucune compensation, ni même la restitution des denrées périmées (sic).1 Dans le même temps, son discours va également développer une critique plus systémique du gaspillage alimentaire. Selon lui, la question ne doit pas se porter sur la culpabilité ou non des prévenus, mais plutôt sur les défaillances d’un système de distribution ayant pour conséquence, en France, un gaspillage de près de 30 tonnes de nourriture par an. Dès lors, les personnes exerçant la récupération sont plutôt considérées comme ayant pris acte de ces défaillances et tentant, si ce n’est de les corriger, au moins d’en tirer un moyen de subsistance. L’avocat demande donc la relaxe des prévenus.

L’audience est suspendue le temps que les juges délibèrent. Je sors.

Devant la salle, les gens discutent. Ceux qui ont pu assister à l’audience expliquent aux autres ce qui a été dit. Des discussions s’engagent, auxquelles l’avocat Gandini prend part. Il synthétise la défense qu’il vient de donner, répète le scandale du gaspillage alimentaire et tente d’anticiper le délibéré. L’avocat ne semble pas se faire d’illusions. Selon lui, « Dans dix pourcents des cas, le juge suit la demande de la défense, dans quatre-vingt pourcents des cas, il suit le procureur, et dans dix pourcents des cas, le juge va au delà de ce que réclame le procureur ». Gandini explique que, eût égard à la réputation du juge et à ce qu’il a pu voir de son comportement, il ne croit pas véritablement à la relaxe. Le procureur aurait été débordé par la médiatisation du dossier et tenterait de « limiter la casse » en ne requérant aucune condamnation mais en affirmant néanmoins l’enfreinte à la loi commise par les prévenus. En outre, le juge ne pourrait pas raisonnablement donner raison à la défense puisque cela impliquerait de désavouer le procureur qui, mécaniquement, n’aurait d’autre choix que de faire appel de la décision et par conséquent, relancer l’emballage médiatique autour du dossier.

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Le temps passe, le suspens monte. Différents médias sont présents, réalisent des interviews d’Adrien et de Léa. Les gens commencent doucement à partir du tribunal. Au bout d’environ une heure d’attente, une quarantaine de personnes sont encore présentes, dont environ une dizaine de journalistes. La police nous informe qu’une sonnerie nous indiquera la fin du délibéré et le moment où nous pourrons de nouveau nous rendre dans la salle d’audience. En attendant, j’observe les gens, je me demande qui est venu. Je capte des conversations. Des syndicalistes, des squatteurs, des profs, quelques bobos. En fait, je n’ai pas l’impression de trouver grand monde qui ne fasse pas partie de tel ou tel réseau militant. Peut-être y en avait-il et ne les ai-je pas vu, je ne sais pas.

L’heure du délibéré arrive, nous entrons dans la salle. Une première affaire, que je n’ai pas suivie, trouve également ici son terme, deux jeunes sont condamnés à treize et dix-huit mois de prison ferme pour trafic de drogue. Ça dure vingt secondes, c’est une année entière foutue en l’air. On n’est pas dans les mêmes enjeux.

Arrive le cas des récupérateurs, cette fois ça va vite. « Vous êtes reconnus coupables des faits qui vous sont reprochés, le tribunal vous dispense de peine. ». Le tribunal a donné raison au procureur, rapide coup d’œil vers Adrien, il a l’air déçu. Quelques personnes applaudissent. La salle se vide aussi vite qu’elle s’est remplie.

Dehors, les gens semblent réjouis, prennent comme une victoire ce qui ne l’est visiblement pas pour les inculpés. Rapide conférence de presse de maître Gandini qui exprime sa déception mais aussi l’espoir que ce type de procès n’ait désormais plus lieu. Espérons que l’avenir lui donnera raison.

Photo et texte: U. Aranceta

Avec l’aide de M. Giraud

1Nous avions écrit dans un précédent article sur cette affaire que le supermarché n’avait pas porté plainte : nous nous étions fourvoyé. Le supermarché a en effet porté plainte pour des raisons de responsabilité (théoriquement, si quelqu’un tombe malade après avoir consommé de la nourriture périmée, le supermarché est légalement responsable).

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