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Portraits de sans-papiers. | L'Agence des Copains

Portraits de sans-papiers.

La question des frontières, et de l’immigration en particulier, est sans aucun doute l’un des grands sujets de société de notre époque. La succession, ces dernières années, de catastrophes humanitaires migratoires a sensibilisé une partie de l’opinion publique à cette problématique. Cependant, alors que les responsables politiques de touts bords s’émeuvent publiquement du sort des naufragés de Lampedusa, les politiques de reconduite à la frontière ne cessent de s’accentuer. Car le contrôle de l’immigration ne s’arrête pas aux bordures de l’État, et un étranger sur le territoire, quand bien même fût-il présent depuis des années, cesse d’être le bienvenu dès lors que ses papiers ne le lui permettent plus.

Alors que l’on a pu assister ces dernières années à l’accentuation progressive d’une politique du chiffre basée sur la répression des personnes en situation irrégulière, sur le terrain local des collectifs continuent de lutter pour que les regards changent sur cette question de société. Car, si l’on s’éloigne de la vision purement statistique et gestionnaire, qui ne parle d’immigration qu’au travers des prismes de l’économie, de la démographie ou de la culture au sens civilisationnel, et que l’on cherche au contraire à se rapprocher au plus près du terrain, on constate que les personnes qui prennent de plein fouet les conséquences des politiques (anti)migratoires sont bien loin des clichés que nous renvoient nombre de grands médias et/ou de politiciens réactionnaires.
A Millau, pas moins de onze familles sont aujourd’hui en situation irrégulière et risquent l’expulsion du territoire français que ce soit pour la famille entière ou pour l’un des parents. Sur les onze familles, quatre sont sous le coup d’une OQTF (Obligation de Quitter le Territoire Français) et sept ne disposent pas de titre de séjour. Toutes vivent en France depuis plus de cinq ans.

Toutes ces familles sont assistées par un collectif informel de soutien, actif depuis plus de dix ans, qui accompagne les personnes en difficulté face à l’administration et qui leur permet de bénéficier de l’appui d’un réseau de solidarité important. On se souviendra notamment d’une grève de la faim organisée au début des années 2000, en soutien à la famille guinéenne Diaby, qui s’était soldée par l’obtention de titres de séjours provisoires pour toute la famille. Le collectif travaille également en collaboration avec les CIMADE (Comité inter mouvements auprès des évacués) de Béziers et Toulouse.

Aujourd’hui, c’est en soutien aux onze familles expulsables que le collectif a organisé un pique-nique public dans les jardins de la mairie de Millau, l’occasion pour nous de rencontrer certaines des personnes menacées d’expulsion, dont nous vous proposons quelques rapides portraits.


Famille Baïkhaijiev

Oumar et Zaïra sont originaires de Russie, du Daghestan plus précisément, la république la plus méridionale de la fédération russe, enclavée entre la mer Caspienne à l’Est, la Georgie et l’Azerbaïdjan au Sud, la Tchétchénie à l’Ouest, le kraïs de Stravropol et la république de Kalmoukie au Nord. Arrivés en France il y a bientôt dix ans, ils s’installent à Marseille où Oumar parvient à décrocher un CDI. Malheureusement l’autorisation de séjour que la famille avait réussi à décrocher pour soigner un de leurs enfants 1 n’est pas renouvelée et Oumar perd son emploi.

Il y a maintenant trois ans, la famille choisit de quitter Marseille pour s’installer à Millau, pensant que la régularisation serait plus simple dans une petite ville. Malheureusement, selon Oumar, ce déménagement n’a rien changé à leur situation administrative. Selon Claire Guérin, membre du collectif millavois de soutien aux sans-papiers, la préfecture d’Aveyron est particulièrement dure envers les personnes sans-papiers, et le nombre d’OQTF délivrées a augmenté ces dernières années.

Depuis son arrivée en France, la famille Baïkhaijiev s’est agrandie. Leurs trois enfants y sont nés et y ont commencé une scolarité à l’école Paul Bert/Jean Macé de Millau2. Bien que les deux parents parlent un français suffisant pour se faire comprendre, il leur est parfois plus difficile d’exprimer des idées complexes en français. Lorsque c’est le cas, une interprète se charge de la traduction. Oumar ne souhaite pas raconter précisément la raison de leur émigration de Russie. Tout au plus, accepte-il de nous dire, visiblement gêné par la question que nous lui posons à deux reprises avant d’abandonner, que ce sont des « problèmes politiques » qui ont contraint sa famille à l’exil. Nous ne pouvons que supposer que ces problèmes sont liés à l’origine tchétchène de la famille, sans pour autant en être certains. L’OFPRA (Office Français de Protection des Réfugiés et Apatrides), chargé de statuer sur les demandes d’asiles a débouté la famille de sa demande, considérant que la situation au Daguestan ne constituait pas un danger immédiat pour la famille3.

Le tribunal administratif a quant à lui confirmé l’OQTF datant du 15 janvier 2015 reçue par les Baïkhaijiev. Une procédure d’appel est en cours à la cour de Bordeaux, mais contrairement au jugement en première instance, cette procédure n’est pas suspensive, c’est-à-dire que l’OQTF reste valable jusqu’à la décision de la cour d’appel, la famille pouvant donc être expulsée avant-même qu’une décision ait été définitivement prise sur la validité de l’outil administratif permettant ladite expulsion. Par conséquent, même si l’OQTF devait finalement être annulée, la décision de justice pourrait bien, si la famille a déjà été expulsée, n’avoir aucune sorte de conséquence.

En attendant l’issue de l’appel, Zaïra occupe ses journées en participant à la vie associative millavoise, notamment en travaillant bénévolement au local de l’association Emmaüs et en participant régulièrement à Myriade, une association travaillant notamment sur l’éducation populaire et l’intégration des migrants. Parallèlement, Zaïra et Oumar cherchent à obtenir des promesses d’embauches pouvant jouer en leur faveur pour une régularisation. Promesses, car évidemment l’absence de papiers ferme la porte à l’exercice d’un travail légal et déclaré, plaçant de fait les personnes concernées dans une grande difficulté, ne serais-ce que d’un point de vue financier.

Depuis leur arrivée à Millau, les Baïkhaijiev ont tissé des liens avec de nombreux millavois, qui par leur soutien ont permis à la famille de trouver un logement, d’être accompagnée dans ses démarches et de bénéficier d’un appui moral pour surmonter les difficultés liées à leur situation.

Oumar et Zaïra Baïkhaijiev, accompagnés de Claire Guérin, membre du comité de soutien aux sans-papiers millavois.

 

Samir

Samir est algérien. Il vit à Millau depuis maintenant trois ans avec sa femme Moufida, elle aussi algérienne mais vivant en France depuis quinze ans et dont la carte de séjour est renouvelée tous les ans depuis 2008. Le couple a quatre enfants à sa charge, trois issus du premier mariage de Moufida, collégiens de 13, 12 et 10 ans tous nés en France, et une fillette de dix-huit mois, dont Samir est le père. Samir nous explique que les enfants n’ont aucune attache, si ce n’est sentimentale, avec l’Algérie, toute leur vie est en France.

Samir a reçu une OQTF en réponse à son dépôt de dossier de régularisation. Lui qui pensait avoir les bonnes cartes en main s’est vu adressé non seulement un refus, mais également l’injonction de quitter sa famille pour recommencer une nouvelle vie ailleurs. Lorsqu’il évoque cette décision, sa voix trahit à la fois l’incompréhension et l’angoisse face à un avenir dont il ne veut pas et que l’on cherche à lui imposer. Samir nous dit vouloir deux choses: qu’on lui explique sur quelles bases son dossier a été refusé, car aucune justification n’a accompagné la réponse des services d’immigration, et que l’on revoit la décision le concernant, au vu notamment de sa situation familiale. Car, le retour en Algérie signifierait de facto la séparation avec sa femme et sa fillette. Le regroupement familial, qui permet à un étranger résidant en France d’être rejoint par sa famille, semble également difficile à obtenir au vu de la situation financière de Moufida, qui ne répond pas aux critères minimums définis par le ministère de l’Intérieur.

Samir est entré en contact avec le comité de soutien par le biais de son médecin, le docteur Philippe Cayrel, auquel il avait expliqué sa situation. Samir insiste sur la relation d’amitié qui s’est développée entre lui et son médecin, devenu un soutien, puis un ami proche. Par ailleurs, Samir est lui aussi investi dans la vie associative locale, dans le cadre de l’association Myriade où il effectue un travail de bénévole ainsi qu’avec la Croix-Rouge, dont il est membre adhérent.

Lorsqu’on lui demande comment il parvient à subvenir à ses besoins dans sa situation, Samir est gêné. Il lui coûte de reconnaître qu’il lui arrive de travailler au noir, même si sa situation le contraint à cela. Il ne reçoit aucune aide par ailleurs et a toujours déclaré ses impôts, car oui, paradoxalement, l’administration permet aux étrangers sans-papiers d’obtenir un avis d’imposition sur des revenus non-déclarés, tout en refusant à ces mêmes personnes d’exercer un travail de façon déclarée.

Suite au refus de sa demande de régularisation, Samir a saisi le tribunal de Toulouse qui a lui aussi rejeté sa requête. La procédure d’appel est en cours à Bordeaux et Samir attend la décision, prévue pour le 6 octobre 2015. Comme pour les Baïkhaijiev, l’OQTF le concernant n’est pas suspendue.

Samir

 

Gammadi

Gammadi n’est pas en situation irrégulière. Si nous le rencontrons lors du pique-nique organisé par le comité de soutien aux sans-papiers de Millau, c’est parce qu’il y représente sa femme, Hanane, qui est sous le coup d’une OQTF depuis sa tentative de régularisation suite à son mariage en 2013 avec Gammadi. Après un recours rejeté au tribunal, on a rétorqué à Gammadi que s’il ne voulait pas que sa famille soit séparé, il devait aller vivre au Maroc avec sa femme. Et ce, sans prendre en considération le fait que Gammadi n’est pourtant pas marocain mais tunisien.

Gammadi nous raconte que suite à la décision administrative, Hanane qui pensait avoir de fortes chances d’être régularisée est tombée dans la dépression. C’est maintenant Gammadi qui porte à bout de bras la lutte face à l’administration pour préserver sa famille. Car s’il ne s’imagine pas refaire sa vie au Maroc, il ne peut même pas l’envisager pour ses deux filles, l’une de 6 ans issue d’un ancien mariage et l’autre de 18 mois, fruit de son mariage avec Hanane. Si Gammadi décidait se suivre sa femme au Maroc, lui et ses deux filles seraient contraints de s’installer dans le petit village isolé où vit la famille de Hanane, dans les montagnes de l’Atlas, village dont « les routes sont coupées une partie de l’année et où les températures peuvent descendre très bas ». Et Gammadi ne veut pas imposer un tel changement de mode vie à ses filles.

Hanane vit en France depuis plus longtemps que Gammadi. Alors qu’il vit en France depuis six ans, sa femme est arrivée il y a déjà plus de huit ans. Ils se sont rencontrés il y a quelques années, en 2013. Hanane, elle aussi est impliquée dans la vie de Myriade et d’Emmaüs où elle donne de temps en temps des coups de mains. Gammadi nous explique que leur vie à Millau est très riche, ils connaissent beaucoup de monde et se plaisent à participer à la vie locale. C’est d’ailleurs, nous explique-t-il, un principe qu’il a toujours appliqué, avant même d’arriver à Millau et d’être confronté aux méandres de l’administration française. Cette attitude porte d’ailleurs selon lui ses fruits, puisque le soutien des habitants de la ville a dépassé ses espérances. Un véritable soulagement, surtout sur le plan psychologique, nous confie-t-il, visiblement heureux d’être aussi bien suivi.

Gammadi.

Gammadi.

 

Loin des clichés médiatiques nous renvoyant l’image de hordes d’immigrés intrinsèquement inadaptés à la société française qui constitueraient un problème qu’il conviendrait de résoudre par des politiques de contrôle toujours plus fortes, nous avons rencontrés des personnes non pas désireuses mais bien déjà intégrées à la société française. Des personnes qui se retrouvent du jour au lendemain, souvent suite à leur démarche volontaire de régularisation, confrontées à la complexité de l’administration française, qui pèse de tout son poids pour les faire disparaître, puisque déclarés formellement indésirables.

On ne peut s’empêcher après avoir parlé à Oumar, Zaïra, Samir et Gammadi de ressentir une certaine mélancolie. Parce que leurs vies ont parfois déjà été difficiles avant d’arriver en France. Parce que l’impuissance face à l’administration, machine sans visage, est souvent pesante. Parce que s’ils sont expulsés, toutes leurs vies devront encore être reconstruites ailleurs,  sans attaches.

Cependant, grâce aux nombreuses personnes qui, partout en France, s’organisent pour créer une véritable solidarité active, qui donnent sans compter temps et énergie pour permettre aux personnes confrontées à ces problématiques de résister et parfois de réussir à être régularisées, l’espoir demeure. Un grand merci à eux.

Unai Aranceta, pour l’Agence des Copains


Les entretiens ayant permis de réaliser ces portraits ont été conduits par Camille Giraut, pour Radio Larzac. Vous pouvez retrouver son émission, avec encore plus d’informations complémentaires sur le site web de Radio Larzac.


1 – Des titres de séjour à titre exceptionnels peuvent être accordés pour raisons de santé, dans le cas où la personne concernée ne peut être soignée dans son pays d’origine. Cependant, depuis Sarkozy, il suffit d’un seul médecin compétent dans le pays d’origine pour débouter la personne requérante, sans prendre en compteles éventuels aspects géographiques, économiques, etc… pouvant empêcher la prise en charge. C’est l’ARS (Agence Régionale de Santé) qui statue sur la capacité de soin du pays originaire. Les soins pour les personnes sans titres de séjour sont ensuite prises en charge par l’AME (Aide Médicale de l’Etat), à condition qu’elles puissent justifier de trois mois de résidence en France.

2 – En France, les mineurs bénéficient d’une protection particulière, ils doivent être soignés et scolarisés même sans titre de séjour. Cependant, dès 18 ans, les jeunes adultes deviennent perdent cette protection et peuvent devenir expulsables, malgré une intégration sociale totale dans le cadre de l’Éducation Nationale.

3 – Le droit d’asile est défini par l’OFPRA comme « la protection qu’accorde un État d’accueil à un étranger qui ne peut, contre la persécution, bénéficier de celle des autorités de son pays d’origine ». C’est un droit constitutionnel et également assuré par la convention de Genève du 28 juillet 1951. Toute personne souhaitant bénéficier du statut de réfugié doit déposer un dossier en préfecture qui doit être instruit au national, la procédure pouvant durer jusqu’à deux ans. En cas de refus, les personnes déboutées peuvent soumettre un recours à la CNDA (Cour Nationale du Droit d’Asile). Le 15 juillet 2015, une réforme de l’asile visant à réduire le temps de traitement des dossiers à neuf mois a été adoptée par le Parlement. Présentée comme une amélioration pour les demandeurs, certaines mauvaises langues y voient la tentative de réduire la possibilité d’intégration des réfugiés en attente à la société française. Mécaniquement, une personne déboutée au bout de neuf mois aurait moins de soutien qu’une personne vivant depuis déjà deux ans en France, d’autant plus que les personnes en demande d’asile sont considérées comme étant en situation régulière jusqu’à instruction du dossier. Cela étant, ce statut ne permet pas au demandeur d’asile de travailler mais permet de bénéficier d’une allocation, soit la porte ouverte à l’argument de l’assistanat des étrangers, entériné de fait par l’administration, malgré la volonté de nombre de réfugiés de travailler en France.
En 2014, la France a examiné 64 811 demandes d’asile. 14 589 ont été accordées.

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