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Mon Week-end à la ZAD | L'Agence des Copains

Mon Week-end à la ZAD

Ce week end, j’étais au Testet. Ou à Sivens. Enfin, à la ZAD, quoi. Alors, le Testet, c’est quoi, qu’est-ce qu’on peut y faire ? Observons une carte (source : collectif-testet.org)

Carte

On y est arrivé en covoit’ (on, c’est moi et Iris, une pote), au départ de Toulouse, samedi 25 octobre, vers 12h30. Après environ une heure à sillonner les routes du Tarn, on nous dépose au « dépôt-minute » , départ d’un sentier GR qui s’enfonce dans les bois. Pendant une vingtaine de minutes on traverse une superbe forêt, il fait beau, il fait chaud, on dirait presque une promenade du dimanche (sauf qu’on sait où on va, et pourquoi). Puis plus rien. La forêt s’arrête. Net. Devant moi, y’a une grande étendue de débris de bois, de boue, plein de flaques remplies d’une eau sale, noire, avec des reflets scintillants d’essence et d’huile de moteur. Je me retourne, non, j’ai pas rêvé, y’a bien des arbres derrière moi. Mais devant, plus rien. Du marron. Dégueulasse. Et ouais, quand tu veux construire un barrage de 13 mètres de haut sur 315 de long, tu vas pas te laisser emmerder par une forêt, une zone humide, ou une poignée d’écolos. Surtout si ton barrage va servir à irriguer les 20 plus grosses (et plus riches) exploitations de maïs de la région. Enfin, des rumeurs disent que la flotte servirait surtout à la centrale nucléaire de Golfech. Ouais, une centrale, ça se refroidit, et un riche propriétaire, ça s’arrose. On s’avance dans ce désert, doucement, en essayant de pas trop s’enfoncer dans la gadoue, ni de se prendre les pieds sur les quelques souches qui osent encore dépasser. On traverse la plaine (vers la droite), c’est long, c’est moche, et on arrive devant une grande digue de terre, sur laquelle sont plantées des croix en bois, de toutes tailles. Et derrière cette digue, ô miracle, de l’herbe ! de la verdure, des buissons, et tout… De la nature, mais pas que : y’a aussi des gens. Pleins de gens, de tout genre, de tous horizons, des barbus, des chauves, des gamins, des cameramen (M6 et Fr3), éparpillés entre les divers stands de bouffe, buvettes, scènes où tour à tour des intervenants prennent le micro pour expliquer les tenants et les aboutissants de cette lutte. Mais malgré des allures de gentil festoch’ des pancartes sont là pour nous rappeler que nous ne sommes pas sur un festival, mais dans une « lutte festive ». Mon téléphone vibre, Lucie (une pote) m’apprend qu’un peu avant que j’arrive, Mélenchon s’est ramené, pour se prendre du yoghourt en plein dans la poire. Je jubile. Il s’est pointé avec ses drapeaux, ses gardes du corps, ses stands du Front de Gauche, et ça n’a plu à personne.

On s’arrête à l’ombre d’un tracteur, et on pique-nique pépère. Une fille s’approche, et nous explique qu’à l’autre bout de la ZAD, y’a comme un nid de flics, et que ça serait bien que, tous ensemble, on aille y faire un tour, histoire de montrer que nous aussi, on est nombreux. Avant, au bout de la ZAD, il y avait des engins de chantier (pour défoncer la forêt), et ces braves gars de la Compagnie Républicaine de Sécurité étaient là pour empêcher que l’on porte atteinte à la propriété d’autrui. Sauf qu’au final, les engins ont quand même cramés, et la présence des forces de l’ordre perdu de son utilité. Les flics défendent littéralement un terrain vague. Presque de la provoc’. On se lève, on se met en marche.
On retraverse la plaine désolée. On arrive à une petite route de bitume. On croise des gens (et aussi des brebis en transhumance). Et puis on arrive devant une grande dalle de terre bien tassée, encerclée par des digues (de terre, toujours), des tranchées, des collines. Au bout y’a un groupe de gens, massés devant les policiers.

La dalle. Les CRS sont derrière moi.

La dalle. Les CRS sont derrière moi.

Devant un gros portail vert, qui ne sert absolument à rien, mais qu’il ne faut surtout pas ouvrir, ça taquine gentiment du CRS. « Elle est belle ta matraque ! » ; « Et pourquoi tu fais ce métier ? » ; « Pose tes armes, rejoins nous, tu verras, c’est sympa », etc. Y’a des clowns qui jonglent, des gens qui chantent, des journalistes qui posent des questions et prennent des photos. C’est gentil, mais un peu tendu. DSC_0159

Cette femme chante quelque chose de très beau, dans une langue que je n’ai pas su reconnaitre, sous le regard d’un journaliste de Canal+.

Cette femme chante quelque chose de très beau, dans une langue que je n’ai pas su reconnaitre, sous le regard d’un journaliste de Canal+.

Puis soudain, du bruit. Des cris résonnent derrière nous. On se retourne. Pas de doute, c’est bien eux. Black Blocs. Ils avancent fièrement sur le chemin qui borde la colline. Ca gueule ; « On va jouer à la guerre ! », « Flics-Porcs-Assassins », « Barrez-vous, vous n’avez rien à foutre ici ! ». Une nana hurle : « Flic suicidé, à moitié pardonné ». La tête de cortège porte un grand bouclier fait-main, qu’ils portent à plusieurs, sur lequel on peut lire « ACAB » tracé en grosse lettre de bombe-peinture.
ACAB. All Cops Are Bastards. Slogan des mineurs gréviste anglais des année 80. Tous les flics sont des bâtards. Le concept peut sembler dur, voir un tantinet radical. C’est vrai, flic, c’est un métier. Le flic il est pas riche, il a une femme, des gosses, un loyer à payer. Quand tu croises un flic, tu peux le voir, ça, tu peux voir qu’il y a tout un bonhomme derrière l’uniforme. Sauf que le bonhomme, son job, c’est flic. Et quand tu cours comme un taré dans la lacrymo, que tu vois un mec se prendre un tir-tendu, ou un type qu’on porte parce qu’il s’est trouvé trop près d’une de leur grenade assourdissante, que t’entends les flash-ball qui crachent, tout ce que tu vois, c’est un uniforme bleu et noir, et tous les flics sont des bâtards. Sans exception. Humaniser ces robocops qui te défoncent bien au chaud sous leurs armures, c’est impossible. Tous les flics sont des bâtards. Ils occupent très vite la colline, ces « 100 à 150 anarchistes encagoulés et tout de noir vêtus », selon les termes (et les comptes) du lieutenant-colonel Renier (cité sur le site du Monde, 26/10/14), et ils ont l’air d’en vouloir. Je vois quelques journaleux qui s’approchent, ducoup je fais pareil, mais très vite, un type, cagoule et lunettes de ski, nous explique que « les photos, c’est terminé ». Je range mon appareil, et je m’éloigne. Sur la colline, ça commence à allumer des feux, le vent souffle vers les CRS. Au bout d’un moment, les lacrymo tombent. Je sors mon Nikon.

Alors que je commence presque à m’amuser au milieu de tout ce bordel, je sens qu’on m’agrippe par le col. Un « encagoulé, tout de noir vêtu » (j’adore cette formule) m’entraine vers le sol en m’expliquant : « Attention, Flash-ball ». Je dis merci, je me recule un peu, et j’essaie de prendre une photo. Ducoup, je fais pas gaffe à la lacrymo qui tombe à côté de moi. Je prend tout dans la tronche. Je me lève, je cours, j’ai mal. All cops are bastards. Je me cogne à quelqu’un qui, comme moi, cherche la sortie. Epaule contre épaule on cavale en trébuchant, jusqu’au moment où j’en peux plus, je peux plus respirer, je me vautre lamentablement dans la terre. On me chope par le bras. « Reste pas là, gars, avance ». J’y vois plus rien, mais c’est pas grave, on me guide. Une voix de femme, avec accent espagnol : « mets le citron sur le visage, vas-y, vite ». Des doigts mouillés de jus de citron s’étalent sur ma tronche. Ca va mieux. En un rien de temps, je peux voir mon sauveur. Elle porte un foulard bleu-ciel, elle a de grands yeux noirs. Faut quand même que j’aille m’assoir. Je quitte le champ de bataille pour aller vers les tribunes, là où les gens sont assis, et observent le spectacle. Sur le chemin, je croise une violoniste, qui joue quelque chose de très gai, un clown qui fait marrer des gosses, un père de famille qui explique à son môme ce qu’est un CRS. J’ai l’impression d’être dans une chanson de Dylan, tellement c’est magnifique d’absurdité.

Quand la nuit est tombée, le froid s’est levé d’un coup. Moi, comme un con, je suis en t-shirt sous ma veste. Je me les gèles. On est rentré vers le campement, en suivant la route dans le noir, avec des dizaines d’autres personnes, la mine fatiguée, encore tout étonné de cet après-midi plutôt mouvementée. Sous un chapiteau, une petite assemblée fait un bilan de la journée. Le thème principal : les violences. Des anars se sont fait traités de fachos par des militants plus pacifistes. Ca dérange un peu. Quelque jours plus tard, Mélenchon s’exclamera « Sous les cagoules, c’est l’extrême- droite », on peut dire qu’il a le sens de la formule.

Le débat est animé, entre partisans de la non-violence et les autres. Cette violence était-elle inutile ? Pour ma part, je pense pas. C’est vrai qu’au fond, il n’y avait pas de gros enjeux, les flics tenaient leur ligne, point. Mêmes si, je le rappelle, ils n’avaient pas grand chose à foutre ici. Mais (et c’est mon opinion) si « l’Etat est le seul détenteur du monopole de la contrainte physique » (Cf tout bon manuel d’intro au droit public), il y a quand même un intérêt à lui montrer que les citoyens, eux aussi, peuvent utiliser la violence (même si c’est illégal), ils ont un intérêt à montrer qu’ils n’ont pas peur de cette violence légale. La France ne dispose pas d’une armée citoyenne, toute personne appartenant aux forces de l’ordre n’est plus considérée comme civile. Et ce n’est pas le simple civil qui donne les ordres. N’y aurait-il pas une simple histoire de statu-quo à installer, dans une époque où ceux qui nous gouvernent nous considèrent comme des nombres, des statistiques, des parts de marchés ? Est-ce qu’éviter des révoltes sanglantes ne passerait pas par une démonstration de force, montrer à l’Etat que s’il est prêt à utiliser la violence, le civil l’est aussi ? Enfin bon, je sais pas trop. Ensuite, il faut souligner que le CRS, qu’il ait en face de lui des lanceurs de pavés ou des types portants des fleurs, quand il entend « Chargez » dans l’oreillette, il charge. Il fait pas dans le sentimental. Le lundi suivant, lors de la manifestation d’Albi, des militants pacifistes assis devant eux se sont fait matraquer, tandis qu’à côté, les « encagoulés tout de noir vêtus » tenaient les flics en respect.

Bref, ça discute, ça s’engueule, ça fait quand même plaisir à voir, parce qu’on se retrouve ici pour débattre sur des problèmes soulevés, sans que la parole d’un vaille plus que celle d’un autre. J’aime bien ces moments. Après, on se promène, on va boire un café, histoire de se réchauffer, je prend une bière à la buvette, on passe à côté d’un bâtiment (la Métairie, dans laquelle je dormirai par la suite), je mange une crêpe au sucre. Transis de froids, on se trouve un coin autour d’un feu, dans un tipi. Vers minuit, je décide que j’ai bien envie d’aller voir celui ce trame à l’autre bout de la ZAD, là où ils ont allumé une ligne de feux. Je sors du tipi. J’ai l’impression que je vais mourir de froid. J’avance lentement, de feux en feux.

J’arrive donc à la dalle vers une heure du matin. « Selon la gendarmerie, le calme était revenu vers 21 heures » (le site du Figaro, 26/10/14). Certes, c’était calme. Un silence pesant, rompu par les tirs sporadiques de lacrymos, les chuchotements des conversations,et crépitement des feux. Et aussi par un type, seul, au milieu de la dalle, face aux projecteurs des policier qui hurlait. « Allez-y tirez », «Flinguez-moi, allez-y ». Sur le site de Libération, le 27/10/14, on peut lire les propos du procureur d’Albi, C. Derens, qui fait état d’une « avancée des opposants, plus nombreux que les gendarmes qui étaient à peu près 70 ». Primo, l’avancée des opposants s’est faite lentement, progressivement, sous les tirs de lacrymo, de grenades assourdissantes et de Flash-ball. Ils ont commencé à s’avancer vers deux heures du matin. A quatre heures et demi, ils avaient gagnés environ 200 mètres. 2h30 pour faire 200 mètres. En voilà, une belle charge. Deuzio, y’avait pas que du gendarme, aussi du CRS, nous on y voyait rien, mais on le savait parce qu’un coup le mégaphone balançait « Gendarmerie nationale, dispersez-vous », mais aussi du « Police nationale, dispersez-vous ». Troizio, 70 flics ?!? De qui se moque-t’on, bordel ?!? Des manifestants plus nombreux que les gendarmes ? De la part d’un proc’, c’est du mensonge d’Etat caractérisé. Ca me fout la haine.

J’ai rejoint des gens autour d’un feu, on discutait, on se marrait presque, il fallait juste qu’on se lève de temps en temps pour s’éloigner des grenades en tout genre, qu’on voyait arriver de loin dans la nuit noire. Niveau ambiance, j’avais jamais rien vu d’aussi étrange. Des écrans de fumée orangés, de par la lueur des feux, qui contrastaient d’avec la lumière jaunâtre et aveuglante des projecteurs montés sur les paniers à salades. Des silhouettes noires qui se détachent sur fond de paysage post-apocalyptique. Des ombres chinoises de flics en armure qui préparent leur charge. Des détonations qui résonnent dans toute la vallée. Des voix de robots qui sortent de lointains mégaphones. Le son caractéristique des tirs de Flash-ball. Moi qui croyais qu’ « aucune cause, dans un État de droit, ne peut justifier ce déchaînement de violences répétées » (B. Cazeneuve, site du Monde, à propos de ce samedi), je suis bien naïf. Toujours sur le site de Libé, le ministère public nous parle de jet de cocktails molotov. Je devais regarder ailleurs.

La batterie de mon appareil est morte peu avant deux heures du mat’, soit avant que le vrai bordel commence. Ils ont tout balancé. Un vrai festival. Nous, en retrait sur la digue, on cavalait dans tous les sens pour esquiver les grenades. Y’a une assourdissante qu’est tombée à 2 mètres de moi, en soulevant une gerbe de terre et de débris de bois. J’avoue, j’ai eu très peur. Devant, sur la dalle, on profite des fumigènes pour faire avancer les feux, petit à petit, les foyers s’approchent de plus en plus près des condés. Au loin on entend la charge. On entend les cris des types en première ligne. Je vois un type se ramasser un tir-tendu de lacrymo, avant de s’écrouler. Ses potes le relève, il peut marcher. Ca a dû durer vingt longues minutes. A la fin, on en était presque devenu blasés : quand une assourdissante tombait pas loin, on se contentait de se boucher les oreilles et de fermer les yeux. On ne se mettait plus qu’à courir que si c’était vraiment trop près. Sur la dalle, les mecs sont tout proche de la ligne, à portée de leur tirs de bûches enflammées et de caillasses. On entend le bruit des cailloux qui tombent en pluie sur les camions. En face, ils ont définitivement adopté le tir-tendu. Un type a réussi à dégommer un projecteur avec un caillou. Ca bouleverse un peu les CRS, qui lancent une charge sur 20 mètres. Ils chargent, puis se replient, à chaque fois, leur job c’est pas d’avancer, c’est juste de tenir leur putain de ligne qui sert à rien, c’est la plus grosse absurdité de l’année, des forces de l’ordre qui se battent et qui défoncent des gens, pour rien. Pour rien. All cops are bastards. A un moment, ça se calme. Le bruit de la caillasse qui frappe les toits de tôle des camions et les tirs de grenades deviennent anecdotiques. Mais au bout de la dalle, en ombre chinoise sur fumigène, on s’aperçoit des casques et des boucliers qui se mettent en ligne. Beaucoup de casques. Plus que pour les charges qu’ils ont lancés jusqu’ici. « Ca sent la grosse charge », me dit un type. La tension monte. Sur la digue, on reste interdit. Puis là, ex-nihilo, tout droit sortie de l’obscurité (du versant de la colline), une fusée siffle et va s’écraser sur la ligne de flics. Ca explose, c’est un feu d’artifice ! Une deuxième s’explose sur le flanc d’un camion, puis une troisième, une quatrième, c’est un vrai 14 juillet ! On se marre tous, tellement fort, on hurle, on insulte, on saute sur place, c’est la fête du poulet ! Ils se replient ! Ils reculent leur camion, pour le remplacer par un autre, bien sûr.

Après ça, ça a été la fête du Flash-ball, pour les mecs sur la dalle. Moi j’en pouvais plus, je me suis assis près d’un feu, pour regarder. Le feu était sur les bords de la dalle, par là où rentraient les blessés. Un jeune au bras sanguinolent, touché par une grenade assourdissante. Un autre le regard vitreux, touché à l’épaule gauche par un Flash-ball, s’assoit à côté de moi pour se faire soigner. Ca saigne un peu. Au loin ça gueule « médic ! », comme dans les films. Les médics c’est en général des nanas avec une trousse de soin, qui te désinfectent les blessures, et qui, si c’est trop grave, appellent le vrai toubib de la ZAD (par talkie-walkie) pour qu’on t’emmène au poste d’infirmerie. Les deux médics assises à mes côtés discutent. Elles ont pas envie d’être là, d’aller risquer de s’en prendre une pour des mecs qui ont choisi d’être violents. Elles disent qu’en plus, les pompiers se déplacent pas pour les blessés, même graves. Toujours dans le même article du Monde, un rapport nous déclare que les pompiers n’ont fait état d’aucun blessé du côté des opposants. Tu m’étonnes. A 4h30, les choses étaient au point mort, j’avais faim, froid, fatigué. Je me suis levé, et je suis rentré doucement, de feux en feux, jusqu’au campement. Là, ils faisaient encore la fête, des murs de sons étaient posés, ça picolait, ça rigolait. Moi, je faisais un peu tâche avec ma tronche de déterré. J’ai demandé le chemin de la métairie. Quand j’y suis arrivé, une chouette fille m’a regardé, et sans que j’ai eu rien à dire m’a dit « Tu veux dormir ? ». Oui. On est monté à l’étage, elle m’a montré un coin avec un matelas et une couverture. J’ai dormi comme une bûche.

Le lendemain, il faisait de nouveau beau et chaud, j’ai rejoins Lucie et Iris pour prendre le petit dèj’. Sur des table devant le grand stand cuisine, j’entends tout le monde se raconter mutuellement leur soirée. Ceux qui, comme moi, étaient à l’autre bout de la ZAD, racontent, avec un brin de fierté dans la voix, leurs exploits de la veille. Je critique pas, j’ai fait pareil. Les blessés montrent leur blessures, les photographes, leurs photos. On boit le café, on discute. Lucie a perdu son portefeuille, on l’accompagne jusqu’à la tente où l’on passe des annonces par mégaphone (la tente Radio-Pirate). Devant la tente, y’a un stand de littérature anarchiste. Je fouille un peu. Une voix timide fend l’air, via le mégaphone. Au milieu de sa déclaration cette voix se brise, sous le poids de la fin de cette putain de phrase. Je me souviens plus du début. Juste de la fin. Quelqu’un est mort hier soir. Iris se tourne vers moi, les sourcils levés, incrédule. Quelqu’un est mort hier soir. Il s’appelle Rémi. Il a mon âge. J’essaie de me souvenir de ce que j’ai vu, mais j’y arrive pas. Tout ce que je peux faire c’est rester là, immobile, et regarder autour de moi. Un type figé devant moi. La tente Radio-Pirate. Le temps est magnifique aujourd’hui. Rémi est mort hier soir.

On est rentré à Toulouse, le soir, je me suis rué sur les médias. J’ai chialé de rage. J’ai vu des titres comme « Le mystère plane autour de la mort de Rémi » , j’ai lu les déclarations du proc’ qui disait « impossible de déterminer les causes de sa mort », j’ai vu les politicards, les Bové, les Mélenchon, s’emparer immédiatement de cette mort, j’ai lu les mensonges de cette propagande balancer des infos venues tout droit de la bouche des responsables de ce meurtre, incriminant des opposants légitimes à un projet assassin. Et dans ma tête, toujours ces mots qui s’entrechoquent. All cops are bastards. Pas besoin d’être un putain de Sherlock pour comprendre ce qui s’est passé.

« Une grenade assourdissante également nommée stun grenade ou flashbang en anglais est une grenade défensive utilisée par les forces de l’ordre dans certains pays pour repousser les manifestants. Son utilisation est généralement régie par des règles précises car elles peuvent blesser très gravement », Wikipédia. Elles pleuvaient, ce soir là.

Comments ( 6 )

  1. / ReplySvet
    Beau boulot mec, merci.
  2. / ReplyMartin
    Merci mec, du fond du cœur, pour tous les gens comme moi qui n'ont pas eu (encore) l'occasion de vous rejoindre sur le terrain ; plus les temps avancent, plus on manque de vrais journalistes... Merci.
  3. / Replybonnemayreq
    Super, rien à redire, chapeau bas Mr.Benoit
  4. / Replymarie
    Merci pour ce témoignage complet et honnête. On y est avec toi, et ca fait mal. J'ai eu beau m'imaginer un peu l'ambiance en lisant d'autres articles sur le sujet, j'ai pris une sacré claque en te lisant. Même en connaissant la fin de l'histoire j'ai retrouvé la violence de cette annonce, et l'indignation qu'elle avait soulevée en moi : un homme est mort à cause de ses idées. Et c'est l'Etat qui a tiré...
  5. / Replypartoutzad
    A reblogué ceci sur L'agence des copains.
  6. / Replyzad partout
    beau boulot. Faut rien lacher. Chacun son petit grain de sable dans la machine et sa goutte d'eau au ruisseau a plus

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