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Medvedkine: pour la réappropriation du cinéma. | L'Agence des Copains

Medvedkine: pour la réappropriation du cinéma.

L’Histoire contemporaine de France est marquée par la culture ouvrière et par les luttes sociales qui l’ont composées. De l’apparition des premières revendications pour l’amélioration des conditions d’existence pendant la révolution industrielle à l’émergence du front populaire, en passant par l’étude de la position des ouvriers pendant les différentes phases de crises ou de guerre et j’en passe, de nombreux travaux ont été réalisés afin de mieux comprendre ce mouvement interne à la société française. Cependant, malgré ce foisonnement, rares sont les productions qui ont su sortir de l’angle large de l’étude des syndicats et partis politiques pour se focaliser sur les premiers concernés et leurs quotidiens, et a fortiori encore plus rares sont celles qui émanent directement de ces derniers.

Alors, quand on peut avoir l’occasion de voir de tels travaux, autant ne pas s’en priver. sans titre-2

Mardi 31 mars dernier,  était organisée au théâtre La Fabrick, à Millau la projection de deux des films des groupes Medvedkine:  Nouvelle société n.7: « Augé découpage » et Avec le sang des autres.
Superbe idée! Quel meilleur lieu en effet qu’une ancienne mégisserie réhabilitée en lieu de création et de diffusion culturelle (au sens noble du terme) pour faire connaître ce qui fût une expérience unique de réappropriation des outils du discours cinématographique par des ouvriers?


La Rhodiaceta, naissance du groupe Medvedkine de Besançon.

Le 25 février 1967, la Rhodiaceta, usine textile implantée à Besançon et employant près de 3000 personnes, entame une grève qui durera jusqu’au 23 mars de la même année. En plus des revendications « classiques » portant sur l’amélioration des conditions de travail (le système d’organisation du travail en 4×8 est particulièrement difficile à supporter), les travailleurs grévistes de la Rhodiaceta se distinguent par la volonté d’un accès plus large à la culture, considérée comme émancipatrice. Ce dernier point est d’ailleurs revendiqué en actes, les ouvriers profitant de l’occupation de l’usine pour y créer d’eux-mêmes un véritable centre culturel, qui fondera la spécificité et l’originalité du mouvement de grève. Henri Traforetti, ancien responsable syndical CGT à la Rhodia résume très bien cette esprit, qui va plus loin que de simples revendications ponctuelles:

« Toutes les grèves à la Rhodia visaient à améliorer la place de l’individu dans une usine qui nous déshumanisait complètement. Ce que nous exigions, c’était la dignité. Même si toute l’histoire du monde ouvrier est une suite de luttes pour la dignité, notre différence était de na pas limiter celle-ci aux seules conditions de travail, mais de l’étendre au contraire à l’ensemble de la vie quotidienne, à notre place dans la société, à la possibilité de s’exprimer. Il s’agissait d’une dignité globale, donc aussi d’un combat culturel. Si tu n’as pas de connaissance, tu n’existes pas. » 1

Des conférences, expositions, pièces de théâtres et projections sont organisées dans l’usine. Plusieurs intellectuels et artistes tels que Simone Signoret, Colette Magny, Yves Montand, Alain Resnais, Jean-Luc Godard ou encore Agnès Varda expriment leur solidarité. La relation naissante entre le mouvement ouvrier et le monde de la culture est facilitée par l’existence depuis quelques années d’une association d’éducation populaire, le CCPPO (Centre Culturel Populaire de Palente-les-Orchamps, un quartier ouvrier de Besançon) dont l’un des co-fondateurs, Pol Cèbe, ouvrier « établi » dans l’usine de la Rhodiaceta, est la charnière entre les deux mondes.

Sur son invitation, Chris Marker se rend à la Rhodiaceta avec son équipe et réalise un documentaire sur la grève: A bientôt j’espère. Le film est présenté aux ouvriers lors d’une projection publique mais malgré l’intention louable du réalisateur, le discours sur le monde ouvrier ne convainc pas les intéressés. Le regard porté est toujours trop extérieur, idéalisé, romantique…
Chris Marker, prenant acte de ces critiques (dont on peut s’imprégner en visionnant La Charnière, qui restitue une partie du débat issu de la projection du film) prend alors la décision fondatrice de ce qui deviendra le premier groupe Medvedkine: laisser la maîtrise de la caméra et du discours filmique aux ouvriers, dans une dimension collective. Le nom de « Groupe Medvedkine » fait d’ailleurs directement référence à Alexandre Medvedkine, inventeur du ciné-train, aménagé pour tourner et monter des courts-métrages sur les paysans russes afin de les diffuser dès le lendemain à ces derniers.
Jusqu’en 1971, plusieurs films naîtront de cette démarche, après que les volontaires aient été formés par des techniciens aux rudiments de la réalisation cinématographique. En vrac: Classe de Lutte ; Rhodia 4×8 ; la série de courts-métrages Nouvelle Société ; ou encore Lettre à mon ami Pol Cèbe.


Sochaux et le second groupe Medvedkine

En 1969, Pol Cèbe quitte Besançon pour le centre de loisirs de Clermoulin, près de Sochaux, propriété du comité d’entreprise des établissements Peugeot. Fort de l’expérience de Besançon et accompagné du cinéaste Bruno Muel, il continue l’expérience entamée à Besançon avec les ouvriers qui fréquentent le centre. Le premier film à voir le jour, Sochaux, 11 juin 1968, réalisé par Bruno Muel relate les violents affrontements ayant eu lieu pour la « libération » d’une usine en gréve lors du mouvement de mai 1968, et ayant eu pour conséquences la mort de deux hommes et plus de cent cinquante blessés.
Le film, diffusé pour la première fois en 1970 à l’occasion de la commémoration des deux disparus sera suivi par quatre autres: Les 3/4 de la vie ; Week-End à Sochaux ; Septembre Chilien (traitant du coup d’Etat de Pinochet au Chili) et Avec le sang des autres, ce dernier étant la production la plus célèbre des groupes Medvedkine et de Bruno Muel.


Les groupes Medvedkine aujourd’hui

L’expérience Medvedkine reste encore aujourd’hui quasi unique, les exemples de réappropriation du médium cinématographique par d’autres que les professionnels du milieu (qui font pour beaucoup un excellent travail, notamment en documentaire) étant encore malheureusement trop rares. Car ici, la narration sort du registre purement informatif pour représenter des situations vécues et ainsi les faire vivre en partie.
Les visages, les sons de machines, les longs trajets en bus filmés en 16 mm peuvent dire bien plus que nombre de discours « d’experts » des mouvements ouvriers. Les pistes de réflexion proposées par les films des groupes Medvedkine sont nombreuses, sur le contrôle presque total du cadre de vie des ouvriers par les corporations (la crèche Peugeot, l’école Peugeot, les logements Peugeot, jusqu’au cercueil Peugeot), sur le temps, le rythme et les cadences imposées, sur les espoirs et les désillusions, sur le développement des tactiques managériales pour briser les solidarités. Sur les gens surtout, leurs individualités. On ne peut qu’être ému par le témoignage de certains, révoltés par les histoires que d’autres racontent, enthousiasmé  par l’élan d’optimisme et de créativité qui se dégage de certaines œuvres.

Alors oui, l’expérience des groupes Medvedkine mérite de s’y intéresser et surtout, de continuer à la faire vivre sous d’autres formes. Car nous vivons dans un monde où il est difficile de se représenter les expériences de personnes vivant dans des conditions, des milieux autres. Que le discours soit porté par ceux dont on parle peut sans doute permettre d’aller vers une meilleure compréhension mutuelle, de l’autre, de ses intérêts, de sa façon de voir le monde.

On ne sort pas indemne de l’expérience Medvedkine, et c’est tant mieux.

 

Unai Aranceta, pour l’Agence des Copains

Merci à Paule Graouer pour avoir organisé la projection des films et pour le travail de relecture et d’approfondissement du présent article.
Merci à la Fabrick pour avoir ouvert ses portes à la diffusion de ces films, qui méritent d’être (re)connus.


Et en bonus, un texte de Dominique Bourgon, qui a activement participé aux groupes Medvedkine (on pourra d’ailleurs la voir témoigner dans l’un des films):

Au départ le concept est simple:

Le cinéma c’est comme la pêche à la ligne, ça s’apprend.

Et nous avons appris. Prises de vues, montage,

champ, contre champ, jusqu’au chant de la création.

Apprendre ce qu’est un plan séquence, un plan de coupe,

se poser la question, et là qu’est ce que nous voulons dire?

Toujours le « nous ». Et toujours se questionner.

Pourquoi les ouvriers ne feraient pas de cinéma?

Le cinéma est une arme, nous disions, et nous avions tant à dire.

Nos mains, nos corps exploités à l’usine, et ailleurs, sur n’importe quel

champ de bataille du salariat.

Et pourquoi ça ne serait pas nous qui le parlerions, le filmerions,

ce corps attaché à la presse, ce temps volé que nous saisissions enfin

avec la parole et l’image. Avec une caméra et un autre travail, car cela a été un travail,

notre travail, sans plue-value, sans bénéfice pour le patron.

Notre travail pour dire non pas notre petite histoire, mais la grande

histoire collective de l’exploitation.

L’enfant joufflu et joyeux sur la boite de biscuits Bulher.

Et l’enfant dont le père sort de l’usine les doigts cloqués à force

de devoir ranger les biscuits brulant dans les boites.

Je l’ai fais ce travail dans la biscuiterie, je mettais des bouts des pansements

autour de mes doigts pour moins avoir mal.

Nous avons été caméramans, et monteurs de cette histoire collective, l’histoire

de la classe ouvrière, avec des travellings, des bandes son, et des distributions de tracts sous la pluie.

Bien avant le Lean Management qui ne laisse plus de temps à perdre, ni de pensées possibles.

Le temps du Lean Mangement c’est indicible, ils arrivent à nous prendre des miettes d’être sur le temps de travail.

La seconde où ta pensée peut vagabonder, où ton corps peut un instant se relacher. le Lean Management les dévore.

Y aura t’il encore des caméras ouvrières sur le champ de bataille du salariat?

La caméra de Bruno Muel qui passait de mains en mains.

La caméra de Jean-Luc Godard à la manifestation des Lip à Besançon.

Et je voudrais dire aussi que nous ouvriers, ouvrières nous comprenions et aimions le cinéma

de Godard, de Pasolini, de Medvedkine…

Le cinéma c’est comme la pêche à la ligne…peut_être ne manque t’il que le désir de pêcher, ou de filmer.

Loin de « Plus belle la vie »

D.B.

Note:

1 Henri Trafforeti ; Le film est une arme

 

Pour se procurer les films des groupes Medvedkine:

Les Groupes Medvedkine, Potemkine.org

 

Pour aller plus loin:

Xavier Vigna, « Les Groupes Medvedkine, Besançon et Sochaux », Cahiers d’histoire. Revue d’histoire critique [En ligne], 99 | 2006,

Marnix Dressen« À propos des militants établis »Mouvements 5/2001 (no18) , p. 148-152

Nicolas Hatzfeld, Cédric Lomba, « Unité ouvriers-étudiants : quelles pratiques derrière le mot d’ordre ? », Fondation Copernic

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