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Manifestation du 8 novembre 2014 à Toulouse: trois regards sur une journée militante. | L'Agence des Copains

Manifestation du 8 novembre 2014 à Toulouse: trois regards sur une journée militante.

Nous étions plusieurs copains à être présents à la manifestation du 8 novembre à Toulouse, en hommage à Rémi Fraisse et contre les violences policières.

Au vu des événements qui s’y sont produits et de la retranscription médiatique au mieux erronée, au pire malintentionnée qui en a été faite, nous avons décidé de témoigner de nos expériences, nos regards particuliers sur cette journée.

Nous nous excusons par avance si ce traitement multiple d’un événement unique crée de la redondance. Cependant, nous considérons que la multiplicité des points de vue permettra d’appréhender cette situation particulière et complexe mieux que ne le ferait un commentaire unique. Nous n’avons pas vu exactement les mêmes choses ni expérimenté la journée de la même manière.

L’agence des copains.

 

 


Samedi sous les nuages
Le courage de mes opinions
À l’épreuve des actes



Samedi sous les nuages.

Depuis samedi dernier (le 1er novembre), quand nous avions participé, Benoît, Lucie, Marcelle et moi, à la manifestation contre les violences policières, nous avions convenu de réitérer aujourd’hui, avec quelques copains en plus, Laura, Marie et Martin.

Dans la bagnole avec Martin et Marie, on s’échange des conseils pratiques (éviter de courir sous les lacrymos, ne pas oublier le citron et le sérum physiologique…), on discute. Marie nous donne le numéro d’un avocat à contacter en cas de pépin. On n’a pourtant pas la moindre intention d’être violents mais je sais d’avance que la manifestation étant interdite, ça va chauffer. D’autant plus qu’on l’annonce à la radio : « Des rassemblements qui risquent de dégénérer à Toulouse et à Rennes » (France info). Au moins, on est prévenus.

On se gare un peu en périphérie du centre de Toulouse, pour retrouver Laura. Tous ensemble, nous nous dirigeons vers la place Jean Jaurès, où le rassemblement a lieu. Sortie de métro Capitole, dans l’escalator nous suivons un groupe de jeunes étudiants. A peine mis un pied dehors, ils sont contrôlés par plusieurs flics en civil, c’est la BAC. Avec Martin, on tente de continuer discrètement en nous décalant. Mais non, contrôle. J’ai rien à me reprocher. Du tout. Mais j’ai quand même une boule au ventre alors que le flic me fouille très poliment. Sans doute le fait d’avoir vu ces mecs en action la semaine passée, le genre à se mettre à quatre ou cinq pour matraquer une femme au sol. Moins polis.

On passe le contrôle et on commence à se diriger vers le rassemblement. Des flics partout. Autour du square/rond-point Pierre Goudouli qui jouxte Jean Jaurès, je compte une dizaine de camions de Gendarmerie Mobile. Sur la place on retrouve Lucie, Marcelle et Benoît, qui file déjà mitrailler tout ce qui bouge (de photos bien sûr, lui non plus n’est pas particulièrement violent). Il y a encore peu de monde, peut-être trois cent personnes au moment où nous arrivons. L’ambiance est électrique, la tension palpable. Plusieurs personnes se succèdent au mégaphone. On a du mal à entendre. « … n’y aura pas de manifestation… » « …prétexte des violences de la semaine passée… ». Pendant un instant, je me dis que la préfecture a peut-être déjà gagné, le déploiement policier est tel que j’ai du mal à envisager la moindre tentative de départ en manifestation couronnée de succès.
Au bout d’un moment, les gens les plus proches des intervenants s’assoient à même le sol, suivis de près par ceux qui, comme nous sont trop loin pour entendre directement les consignes. Comme une Ola inversée. Une voix plus en arrière crie : « On s’assoit pas ! », sans succès. Des tracts nous avaient été distribués, appelant à la résistance face aux flics, dans les consignes on pouvait notamment voir : « Ni sit-in, ni die-in, la résistance face aux flics se fait DEBOUT, pas assis ou couché. ». C’est la première opposition de méthode que l’on constate. D’abord, je ne comprend pas pourquoi tout le monde s’assoit, mais au bout de quelques secondes, alors que le silence commence à se faire et que l’on entend distinctement le mégaphone, l’explication arrive : « Une minute de silence pour Rémi Fraisse ». Puis, au bout de quelques instants, à nouveau : « Ceci est une minute de silence pour Rémi Fraisse ». Un instant. « Tué sans raison par la police ». « Il n’avait pas à mourir, aucune raison ne peut le justifier ». Silence. « Ce sont les intérêts privés qui l’ont tué, par avidité, parce qu’ils ne comprennent que l’argent ». « Tout ce que nous pouvons faire à présent c’est montrer l’exemple, consommer bio… ». Soudain une voix retentit. Un homme hurle : « Ferme ta gueule ! C’est une minute de silence alors ferme ta gueule, putain ! ». L’homme au mégaphone se tait. La tension est à son comble. Au bout de plusieurs minutes de silence, quelqu’un applaudit derrière nous, la foule suit. Un bon nombre d’applaudissements vient rompre le silence, il y a quelque chose de sacré là-dedans, comme un deuil qui se fait.
Les gens finissent par se relever, ça bouge un peu partout, on ne sait pas vraiment ce qui va se passer. Différents médias se sont regroupés et réalisent des interviews, des directs avec certains acteurs du rassemblement.

À un bout du rassemblement un homme, un peu en hauteur, se lance dans une déclaration. Il n’a pas de mégaphone mais sa voix porte. C’est un membre du NPA. Après nous avoir expliqué la décision d’interdiction de la manifestation et les justifications, il nous apprend que son parti a pris la responsabilité d’un parcours alternatif, accepté par la préfecture, sur l’allée Jean Jaurès et jusqu’à la médiathèque José Cabanis, un parcours très court. L’homme annonce que les membres du NPA se disperseront ensuite, en accord avec les négociations qui ont été faites. Juste à côté de moi, un homme prend la parole. Dans un discours fort, il remercie le NPA d’être présent mais refuse, au nom des zadistes, de s’en tenir à un parcours fixé par l’Etat. Pour lui, si le droit à la manifestation est refusé, il convient de le prendre, coûte que coûte. Un peu partout, ça discute. Les gens se demandent ce qu’il convient de faire, certains pensent qu’il faut aller manifester, d’autres qu’il faut se contenter de faire vivre le rassemblement. Certains enfin craignent de voir dans l’autorisation d’un parcours alternatif par la préfecture, une stratégie visant à scinder les manifestants en deux groupes distincts. L’avenir leur donnera raison.

Nous décidons de suivre la manifestation, les étudiants du Mirail prennent la tête du cortège, sous les yeux des CRS qui barrent l’accès au boulevard de Strasbourg et au boulevard Lazare Carnot. Ils ont assuré leur propre service d’ordre, une équipe de musiciens et de clowns, et sont clairement pacifistes. Un peu en retrait, un groupe black-bloc, dont les membres sont déjà inidentifiables, s’est regroupé. Leurs slogans sont radicaux : « Flics ! Porcs ! Assassins ! » ; « Un flic, une balle, justice sociale ! ». Un des clowns les apostrophe : « Mais arrêtez de chercher l’affrontement ! Si vous voulez frapper, frappez-moi ! Qu’est-ce-que vous attendez ?! ». Il a du panache. Les black-blocs l’envoient chier un peu méchamment. A les voir, encagoulés, tout en noir, faisant bloc derrière leur banderole/bouclier, on sait que ces mecs (et filles) ne lâcheront rien.

La manifestation suit son cours sur l’allée Jean Jaurès, toutes les rues adjacentes sont bloquées par des cordons de CRS et des camions-grilles. On entend des gens s’inquiéter d’un éventuel encerclement. On avance quand même. Arrivés à un peu plus de la moitié de notre parcours, un cordon de CRS avance vers nous, accompagné ici aussi de plusieurs camions-grilles. Ils stoppent leur progression une fois arrivés à notre niveau. Les CRS sont soutenus par un détachement de la BAC sur chacun de leurs deux flancs. Incompréhension générale, finalement la préfecture semble être revenue sur sa décision d’autoriser un parcours de manifestation alternative. Pour moi, si la responsabilité des violences ultérieures est à chercher quelque part, c’est bien par-là en premier lieu.

Alors que nous nous retrouvons bloqués, la tension qui s’était un peu dissipée avec la marche revient de plus belle. Le gros de la manifestation reste d’abord en retrait des flics, puis progressivement les gens se rapprochent. Deux ambiances complètement distinctes se mettent à coexister dans ce moment d’attente. A droite de l’avenue, les clowns et les musiciens font vivre un état d’esprit joyeux, festif et pacifiste à côté de dizaines de Robocops aux regards vides et aux visages de marbre. Les actions symboliques se multiplient, sit-in, chansons révolutionnaires et animations des clowns contribuent à détendre l’atmosphère. A gauche par contre, de l’autre côté du terre-plein central qui sépare les voies de circulation, on rigole moins. Les doigts sont levés en l’air, les flics, insultés, paraissent plus nerveux, aux aguets. Un peu en retrait, les adeptes de la tactique black-bloc se regroupent, plus nombreux qu’auparavant. Quelques bouteilles volent vers les membres de la BAC.

Après environ une demi-heure passée dans ce climat très particulier, pendant laquelle chaque minute semblait nous rapprocher inéluctablement d’un affrontement violent, les CRS décident de faire avancer leur ligne, en formation serrée et soutenus par leurs camions-grille. Presque immédiatement, le cortège de manifestants se resserre au centre, un sit-in est improvisé. Les flics ne s’arrêtent pas. Tout ce que les protestataires assis gagnent à tenter d’exprimer leur droit de manifester est d’être les premiers à subir les gazages des flics. Alors que je me recule, je croise un groupe black-bloc qui, lui, avance vers les CRS, j’entends : « Bon, les gars, au boulot ». Cette fois c’est sûr, c’est parti.

Peu après, j’entends un « shpoum » bruyant. Je connais ce son, je l’ai entendu toute la journée samedi dernier. Je lève la tête et je vois les lacrymos en l’air, sur le point de retomber. Je suis juste en dessous. Je me retourne et commence à détaler. Les lacrymos tombent autour de nous, je ralentis un peu en voyant que toute la foule est en train de courir, quitte à en prendre un peu dans la gueule. Je parviens finalement à rejoindre les copains quelques mètres derrière. Mes yeux me font mal, sensation de brûlure sur le visage mais ça va, rien d’insurmontable. Autour de nous par contre, les gens pleurent crachent, toussent. Pendant que les gens se soignent où sont soignés par d’autres, le black-bloc garde la ligne, au milieu des lacrymos. Une charge, on recule. Des objets incendiares sont lancés, mais sont bien loin de contenir la police. Assez vite, nous sommes renvoyés vers notre point de départ, Jean Jaurès (tout un symbole..), mais là aussi la police est là. La masse des manifestants « non-violents » se retrouve bloquée au niveau du croisement avec les boulevards par un mur de flics. Tout le monde chante « Laissez-nous sortir ! ». En dehors du traquenard, de l’autre côté de la barrière, les manifestants restés en retrait et accompagnés d’un bon nombre de passants intrigués crient « Laissez-les sortir ! ». On voit que, comme nous, les gens « normaux » ne comprennent pas le dispositif policier mis en place et ça, ça fait chaud au cœur,. Faut dire qu’il y a une sacrée différence avec ce qu’on peut voir à la télé. Là, on peut juger directement : c’est dégueulasse.

Au bout de quelques minutes, voyant qu’on ne pourrait rien tirer de cette porte de sortie, je décide de retrouver Benoît, qui est resté dans le « chaud » de la manifestation. On se retrouve et on se balade, pour voir… Des incidents éclatent un peu partout mais la zone toute entière semble plus calme, plus silencieuse. Les lacrymogènes couvrent toute la partie la plus éloignée de la rue. Au loin, des ombres mobiles lancent des pavés sur des ombres statiques. Plus près, un cocktail molotov finit sa course dans un arbre, qui s’enflamme brièvement, sans plus de conséquences. Les flics de la BAC ont bien avancé, certains de leurs boucliers sont tachés de peinture. Non loin d’eux, une voiture brûle. Avec Benoît, on s’avance prudemment, pour voir. Un manifestant accuse les CRS d’avoir provoqué l’incendie avec une de leurs grenades et demande à Benoît de photographier l’espace sous la voiture, où l’on peut encore voir l’engin explosif. C’est chose faite. Je rappelle Martin, apparemment il a trouvé une porte de sortie vers le boulevard de Strasbourg au travers d’une résidence dont les gestionnaires ont ouvert les portes. Sympa ! Quand tout cela sera fini, Marie reviendra d’ailleurs pour leur laisser un gentil mot de remerciement. Martin me dit de foncer, les flics s’apprêtent à charger de l’autre côté. Avec Benoît on s’engouffre dans les couloirs. Dernière ligne droite, un mec au bout du couloir tient la porte débouchant sur la rue et nous somme de nous dépêcher. Je cours et au moment où je passe la porte, le manifestant se fait virer par un flic : « On passe plus ! ». La porte qui s’est fermée au nez de Benoît est maintenant gardée par un CRS armé d’une bombe lacrymo. Rien à faire…

Je décide de tenter de retourner sur l’allée Jean Jaurès pour retrouver Benoît. Peut-être en contournant le pâté de maison ? Martin, Marie et Laura me suivent. On passe par une petite rue et surprise : la voie est libre. Les manifestants se croyant toujours bloqués face aux CRS ne sont pas au courant. On fait passer le mot. Doucement, certains commencent à venir vers nous. Pendant ce temps, on observe les déplacements de la BAC. Ils se mettent en position. On se fait charger. C’est la course. Un black-bloc crie « Ne courrez pas ! Si on reste en groupe y aura pas d’arrestation ». Personne ne s’arrête de courir mais on fait bloc, ensemble. Les flics abandonnent la poursuite mais la rue est désormais bloquée.

Beaucoup ont quand même réussi à s’échapper, d’une manière ou d’une autre du guet-apens de l’allée Jean Jaurès.

Les flics se redéploient sur le boulevard de Strasbourg. Nous ne sommes plus soumis au blocus policier, les manifestants sont maintenant éparpillés dans la foule de badauds, rendant le travail (!) des flics plus difficile. Pour un moment, ils semblent moins déterminés à utiliser leurs armes. Ça ne va pas durer. Avec Laura, nous assistons à une arrestation, un mec se fait traîner par les flics sur une dizaine de mètres, jusqu’au milieu du boulevard. Alors qu’un flic lui écrase les poumons, un genou sur le dos, l’homme crie : « J’ai rien fait ! Putain, j’ai rien fait ! », puis : « J’peux pas respirer, lâchez-moi ! ». J’essaie de me rapprocher mais un flic me braque brièvement avec un flash-ball, je tente pas le diable. La foule crie sur les flics. J’entends des passants indignés : « Ils sont obligés de lui faire mal ?! » ; « Qu’est-ce qu’il a fait ?! » ; « C’est vraiment des enfoirés ». A ce moment, je me dis que le slogan « tout ! le monde ! déteste la police ! » est loin d’être faux.
Après cette arrestation, le chaos s’installe pendant deux bonnes heures sur le boulevard de Strasbourg, jusqu’à la station de métro Jeanne d’Arc. L’usage de grenades lacrymogènes devient constant, le gazage « à la main » encore plus. La violence des flics à ce moment est aveugle. Tu es là, tu es coupable. Tu mérites de te faire gazer, même si tu ne fais qu’observer, que prendre des photos ou filmer… On assiste à des scènes délirantes où des CRS planqués dans des camions de police lancés à vive allure, sortent une main par la fenêtre pour gazer au passage et au hasard. En face, certains lancent des pierres, d’autres y vont carrément au coup de pied contre les camions. Les flics perdent un rétroviseur, une vitre…

A un moment, une grenade lacrymo part, je recule mais je vois que les flics en profitent pour charger et arrêter une nana. Elle se débat, elle crie. Ils frappent et la traînent en reculant. On se rapproche, malgré les lacrymos. Certains vont tenter de la délivrer, les flics gazent sans modération quiconque se trouve sur leur chemin. Je vois un journaliste (je le déduis à son gros appareil photo) au sol sous la fumée. Je vais le voir pour l’aider, il s’est fait gazer à bout portant. Je lui propose du sérum phy pour le soulager, il accepte mais ne parvient pas à le mettre lui même, je le fais donc pour lui. Malheureusement, le temps de faire cela, le nuage lacrymogène nous a rattrapés, je commence à vraiment avoir très mal. En vitesse, on se sépare et je me barre de là, la douleur monte et je sens que je suis beaucoup trop proche de ceux qui nous veulent du mal. J’arrive sur Jeanne d’Arc et la douleur est atroce. Je n’arrive pas à ouvrir les yeux plus d’une demie-seconde, je ne vois pas où je vais. Mon visage brûle et j’erre sans but, bavant au milieu des passants. Pendant un moment j’ai envie de vomir puis de m’écrouler. Mais je me retiens en m’accrochant à l’idée que la douleur sera passagère. Effectivement, au bout d’un quart d’heure, après avoir rincé abondamment mes yeux au sérum phy et au citron, je commence à aller mieux. Mais j’ai la haine. Vraiment. Quelle bande de lâches ! On s’est fait gazer pour avoir essayé d’aider des gens, d’autres pour avoir simplement été présents. Il n’y aucune légitimité là-dedans, et qu’on ne vienne pas me dire que c’est une conséquence de la violence des manifestants. C’est exactement l’inverse qui se joue, la violence populaire vient justement parce qu’il y a répression d’une volonté démocratique, ici la manifestation pacifique, ailleurs les zones à défendre, par la violence d’État. J’entends encore Cazeneuve parler de «  harcèlement que subissent les forces de l’ordre », lesquelles répondraient en faisant « un usage modéré de la force ». C’est du mensonge pur et simple. Et malheureusement ce ne sont pas que des mots, 17 personnes ont été placées en garde à vue pour avoir participé à cette manifestation, souvent inculpés pour outrage et/ou rébellion sur personne dépositaire de l’autorité publique, accusation inique faisant jouer la parole du policier (évidemment empreinte de vérité puisque parole d’État) contre celle de l’accusée. Les peines de prison commencent à tomber depuis lundi, jusqu’à quatre mois de prison ferme pour des violences somme toute bien inoffensives en comparaison de la brutalité policière.

Nous nous éloignons finalement sur les coups de 19h. Au moins, de notre bande de copains personne n’a été blessé gravement ou arrêté. Le soir, nous partons boire des bières et nous discutons longuement de tout ce que nous venons de vivre. Le moins que l’on puisse dire c’est que cette journée aura marqué nos esprits.

U. Aranceta pour L’agence des Copains

N.B : Tout les prénoms cités dans cet article sont peut-être des pseudonymes.



Le courage de mes opinions

Départ de Montpellier sous un soleil de plomb, thermos de café et vêtements de pluie dans le coffre, direction Millau puis Toulouse… Assez inquiète, jʼai mis du temps à mʼendormir la veille. En route, je relis nos droits et je note un peu partout le numéro dʼun avocat que Lucie mʼa transmis, au cas où. On atteint Millau dans un paysage surréaliste: la ville est sous les nuages, nous quittons le soleil pour descendre à travers la brume. Nous attrapons au vol un copain de plus, et nous voilà repartis, pain au chocolat à la main. La radio passe maintenant Brassens, «au village sans prétention», une B.-O. dédicacée!

Au péage de Toulouse, 7 ou 8 gendarmes attendent en gilet jaune. 13h05 sur le périphérique toulousain et il nʼy a aucun bouchon, surprenant. La pluie annoncée nʼa pas lʼair dʼêtre au rendez-vous non plus, il fait même plutôt beau. Un campement précaire cotoîe une fusée, à côté de l’observatoire. Corinne Cutillard (??) pour France Inter nous rappelle que la manifestation a été interdite, donnant le pouvoir aux forces de lʼordre dʼarrêter tout récalcitrant à la dispersion. Les gendarmes en congé ont été rappelés afin de renforcer le dispositif de sécurité. Jʼessaie de ne pas penser aux risques: arrestation, coups, gaz; jʼai très peur de me retrouver isolée du groupe et de ne plus savoir réagir dans un moment tendu.

La voiture garée et les affaires déposées chez une copine, on se dirige vers la place Jean Jaurès. Deux stations de tramway et trois de métro; ceux dʼentre nous qui nʼont jamais participé à ce genre de manifestations «à risques» sentons la pression monter dʼun cran. On fait des blagues, on dédramatise, on repère des nouveaux copains, aussi, qui semblent aller au même endroit que nous. Nous descendons une station plus tôt, et on est accueillis à la sortie par un petit groupe de la BAC qui contrôle gentiment les identités. Une amie se faufile et passe sans être inquiétée (ni même repérée ?). Pendant que les deux garçons vident leurs poches pour les policiers, jʼouvre mon sac et cherche du regard quel «collègue» voudra vérifier son contenu. On me dit avec un sourire: «ça ira, vous pouvez y aller, vous inquiétez pas.». Sympa, les copains, merci ! Un peu injuste aussi, non ? Deux jeunes hommes, les mains vides, sont donc plus suspects et menaçants quʼune fille avec un sac à dos plein. Dʼaccord.

Nous rejoignons le rassemblement, il nʼy a pas encore grand monde sur la place mais on repère déjà de nombreux cars de Gendarmerie Mobile, des petits groupes de la BAC. Très discrets, les mecs; jʼen vois deux en civils, sans brassard ni signe distinctif. à part que lʼun dʼeux porte un pantalon dʼuniforme et lʼautre une oreillette et un regard inquisiteur…! Deux nénettes qui sortent du McDo nous dépassent en observant la place sur laquelle les manifestants, assis, observent une minute de silence à la mémoire de Rémi Fraisse: «Oh! y a la télé! Ouaich, viens!, on va passer à la télé!». Après cette minute de silence, des ZADistes et des membres d’un des comités de soutien au Testet rappellent les raisons de ce rassemblement et son interdiction par la préfecture. Un membre du NPA prend la parole à son tour: au nom de son parti, il ne manifestera pas, mais il précise que chacun est libre dʼagir selon sa conscience. Le temps passe, jʼobserve les personnes présentes. Une pancarte «Nous vous pardonnons» fait réagir ma voisine: «Cʼest quoi ce slogan judéochrétien auto-flagellateur? Et puis «délivrez-nous du mal» aussi?». Mon anecdote déclenche une discussion parmi les copains. Moi je me dis que sʼil y a un pardon à accorder, ce nʼest certainement pas à moi de le faire: cʼest à la famille et aux proches de Rémi Fraisse. Un cocker passe parmi les groupes de personnes, il est paré à manifester: bandana rouge autour du cou, il aboie joyeusement à chaque slogan et salve dʼapplaudissement.

Passées quelques chansons, lʼintervenant du NPA reprend la parole, sans mégaphone. Je nʼentends rien, on me retransmet quelques phrases. Pas le temps de comprendre ce qui se passe: un autre orateur démarre derrière nous, avec un mégaphone cette fois. La communication commence à être compliquée… Un mot circule parmi les copains qui sont au Mirail : la préfecture aurait autorisé les manifestants à défiler jusquʼà la médiathèque, environ 500 mètres plus bas sur le Boulevard. Cette annonce surprend et divise: les étudiants et les membres du NPA veulent accepter cette proposition. Personnellement je ne suis pas pour: le rassemblement a eu lieu malgré les interdictions, pourquoi attendre maintenant que lʼon nous donne le droit de défiler ? Et pourquoi les instances qui ont interdit la manifestation en premier lieu décident tout à coup de lʼautoriser sur un trajet ridiculement court ? Je trouve ça louche, ça me paraît un bon moyen pour diviser le cortège entre un groupe qui restera sur place et un groupe qui suit les instructions. Et je nʼaime pas lʼidée dʼêtre dirigée exactement là où on a décidé que je devais aller. Une amie approuve, dʼautres sont partisans de suivre le cortège : «on verra bien ce qui se passe ensuite». Dans tous les cas, je ne veux pas me séparer du groupe; on finit par suivre les étudiants. Pendant quʼon discute et quʼon argumente, trois camions-grilles viennent se placer dans une rue perpendiculaire au boulevard. Rassurant.

Le cortège se met en route, on est bien plus nombreux que ce que je croyais au début. Un clown passe dans la foule, appelant les participants au calme et à la non-violence. Il se fait rembarrer sévèrement par certains des manifestants. De chaque côtés du cortège, on constate progressivement lʼampleur du dispositif de sécurité déployé: à chaque intersection, un fourgon et une équipe de CRS ou de GM. On a le sentiment de nʼavoir aucune chance de peser face à cela.

Quelques pétards résonnent le long du chemin. Un peu avant la médiathèque, un cordon de CRS bloque le passage, suivi de près par trois fourgons-grilles, de chaque côté de cette ligne, une dizaine de membres de la BAC. Le cortège sʼarrête, on se demande un peu ce quʼon fait là.

Pourquoi nous envoyer vers la médiathèque si cʼest pour nous arrêter à 100 mètres de celle-ci ? Des blagues fusent: «Eh, il faut que je refasse ma carte, moi !» , «Laissez moi passer, jʼai des livres à rendre !». Un jeune homme très souriant passe avec une pancarte «Ne gazez pas, ici FNSEA». Jʼaime beaucoup. Le temps passe, le NPA annonce la fin de sa participation. Plus grand monde ne lʼécoute de toute façon. Petit à petit des groupes se forment, plutôt Black Blocs dʼun côté du boulevard et étudiants de lʼautre. Des gens marchent sur les fleurs du terre-plein central: «eh doucement les gars, on est là pour protéger la nature, quand même !». Lʼambiance reste bon enfant malgré lʼincompréhension et la tension qui monte. Surtout du côté où on se trouve dʼailleurs: on décide de rejoindre les clowns. Au son des tambourins et des guitares, certains dansent, dʼautres se postent en faction devant les CRS: «Ne vous inquiétez pas, Monsieur lʼagent, je vous protège. En cas de problème, vous pouvez compter sur moi !». Elle a lʼair chouette, cette fille qui rassure le Matador, armée dʼun plumeau à poussière multicolore ! Je prends des photos et vidéos des CRS (même plus peur, merci les clowns !).

Je me demande ce quʼon attend: lʼautorisation dʼaller plus loin? La charge des CRS? De nouveaux pétards se font entendre. Un message passe dʼun Bleu à lʼautre, certains pointent lʼautre côté de la ligne du doigt, il a lʼair de se passer quelque chose. Puis les fourgons se mettent en marche, les CRS avancent à petits pas. Avec les copains on est dʼaccords pour reculer un peu dans le cortège, au cas où les choses dégénèreraient. La foule fait marche arrière en douceur, on discute de la situation, on sʼinforme les uns les autres.

Puis un cri «Lacrymos !» : je lève les yeux et vois trois formes allongées dans le ciel, assez haut, mais qui sʼapprêtent à retomber exactement où on se trouve. Chacun se met à courir dans la direction opposée et sʼéloigne des fumées. À quelques mètres de là, je mʼarrête de courir, on se rassemble, on cherche ceux qui sont restés en arrière. Lʼun dʼeux nous rattrape, les yeux rouges et le visage marqué : il a pris les gaz de plein fouet. Passé un moment de vérification et dʼentraide (sérum phy et citron circulent parmi les manifestants qui ne se connaissaient pas 5 minutes plus tôt), le cortège se reforme en rangs serrés et le mot dʼordre est lancé : on reprend la manif en sens inverse au son de «Tout le monde déteste la police!». Ils ont au moins réussi à nous mettre tous dʼaccord.

Après quelques dizaines de mètres, au niveau dʼune station de métro à découvert, un nouveau cordon dʼEncasqués nous attend, bien rangé pour boucher les petits trous laissés entre les fourgons-grilles (et une camionnette dʼi-télé). Voilà, on est fixés maintenant. Il sʼagissait juste dʼun guet-apens. On nous a amenés là pour mieux nous parquer. Cʼest très agréable: être sans défense, pris en sandwich entre deux cordons de G-I Joes. Ils ont bien joué leur coup puisque la manif a éclaté en petits groupes, – ceux qui sont dehors, de chaque côté des cars de CRS; ceux qui sont près de nous, de chaque côté de la bouche de métro; et ceux qui sont restés près de la médiathèque pour tenter de repousser lʼavancée du cordon.

À ce moment là, je nʼai plus peur. Lʼanxiété a laissé la place à un constat amer : on est pris au piège, sans savoir à quelle sauce on va être mangés. Je suis à la fois dégoûtée par cette manoeuvre manipulatrice, et reboostée par lʼagression subie: envie de me révolter, de crier «cʼest ça votre répression ? Quʼest ce que vous attendez alors, lancez les vos lacrymos!». Mais je ne vais pas jusque là: jʼai encore du mal à croiser le regard des Uniformes, pour moi il y a encore un homme derrière la visière et le bouclier.

Massés contre les gardiens de notre prison temporaire, les manifestants ont un nouveau slogan: «Laissez nous sortir!», repris en cœur par les manifestants et passants qui sont à lʼextérieur «Laissez les sortir!». Et puis lʼattente a raison de la motivation, on observe ce qui se passe, je fais quelques films, les pompiers sont venus éteindre une voiture aveyronnaise qui avait pris feu, quelques petits feux apparaissent ça et là.

Enfin, les Boucliers reçoivent un nouvel ordre : «on sort les masques!». Sympa. Je suis rassurée! Leur demander pourquoi ne sert à rien, on nʼobtient aucune réponse. Un changement sʼopère : ce ne sont plus des hommes que jʼai en face de moi, cʼest «Barbie sʼen va-t-en guerre». Je retrouve le sentiment de révolte qui mʼassaillait, enfant, quand un adulte posait des interdits catégoriques sans aucune explication ni légitimité. Merde, quʼest-ce-quʼon fait là, les gars? Quelques centaines de personnes, rassemblées en mémoire à un jeune homme mort, cʼest du trouble à lʼordre public? Cʼest comme ça que lʼEtat français protège sa population? Le contraste entre leurs équipements et les nôtres, lʼinjustice du traitement quʼon sʼapprête à recevoir, la rage de me sentir coincée, privée de mouvements… Le tout forme un mélange étrange, dʼangoisse et dʼexcitation: jʼai presque hâte que ça tombe, histoire quʼon en finisse.

Lʼattente se prolonge, le suspens devient oppressant. On se remet donc à circuler: je repère les pelotons de la BAC, les rues bloquées, les différents mouvements. À côté de nous, une salle de sport dans laquelle les sportifs continuent leur footing plastifié au grand air des lacrymos. Puis Martin voit la porte dʼune résidence, maintenue ouverte par un homme de lʼâge de mes parents. Des petits groupes de manifestants semblent sʼéchapper : «on peut sortir par là?». Pas tranquille, lʼhomme nous répond «Oui, oui, au bout du couloir, mais vite! dépêchez vous !». Trois dʼentre nous sʼengouffrent. Un autre copain, prévenu par téléphone, part à la recherche de notre photographe de guerre et de deux autres copines. Passée la première porte, une jeune fille en tient une seconde ouverte: «il faut la tenir pour les suivants!». On passe le message. Quand ce petit couloir débouche derrière les policiers, je me sens libre, enfin. Libre de courir en cas dʼattaque, de prendre mes jambes à mon cou. Libre dʼaller au contact aussi, des Guignols Militarisés qui menacent toujours les manifestants enfermés. Dʼautant quʼil y a encore quatre copains dedans. Ah non, trois! Lʼun dʼentre eux vient de nous rejoindre: «Benoît me suit juste derrière».

Mais les Bleus sʼagitent : ils ont repéré les mouvements provenant de la résidence et lʼun dʼeux se dirige vers la porte. Au sommet de lʼadrénaline, je suis déchirée entre lʼenvie de courir lui barrer le passage, lʼempêcher de bloquer cette issue; et lʼimmobilisme glacé. Un reste de bon sens a dû sʼexprimer en moi: je ne bouge pas. Je nʼai pas les moyens de faire face. Sans réfléchir, je me mets à filmer lʼaction, je crie au policier: «cʼest pas lʼespace public, vous avez pas le droit!». Après avoir digéré ça, – et mʼêtre indignée de plus belle sur le flic en faction qui laisse passer un couple de personnes âgées alors quʼil venait de refuser lʼentrée à un jeune couple avec poussette-, je rejoins les copains qui discutent de la marche à suivre. Lʼun dʼeux est motivé pour trouver un moyen de faire sortir les autres ou de les rejoindre, on le suit.

Par une petite rue perpendiculaire, on arrive très vite… au Boulevard Jean Jau. Nous réalisons, un peu hébétés, quʼil y avait peut-être un passage depuis un moment. La scène a perdu tout son impact. Jʼai lʼimpression que cette bête rue nʼest plus le même endroit. Je me sens libre à nouveau, et même plus encore que tout à lʼheure. Je suis hors de la ville, comme une espèce de zone de non-droit: une voiture brûlée, des pancartes traînent au sol, des fumées sʼélèvent çà et là. Et puis les flics, de chaque côté du boulevard. Ambiance surréaliste, qui fait que si je mettais le feu à une voiture ou une poubelle, tout de suite, je nʼaurais pas lʼimpression dʼendommager quelque chose : jʼaurais justelʼimpression dʼentrer en résistance. Douce illusion de chaos.

Je ramasse un cadavre de lacrymo, souvenir de voyage! De nouveau, les copains sont en vue, suivis par dʼautres groupes de manifestants. La BAC, quʼon a repérée pas loin, ne met longtemps à cibler ce mouvement et se met en position. Je me dirige dans la ruelle rapidement, puis me mets à courir, suivie de mes deux compagnons et dʼun groupe de Black Blocs. Ils sont bien organisés ceux là : «courrez pas, courrez pas!», «Arty, à droite!», «restez groupés!». On prend à droite dans une ruelle (Arty ?), les Black Blocs enlèvent trois vêtements, ils sont déjà méconnaissables. Toujours en courant, je me retourne, à la recherche des deux garçons qui étaient sur nos talons, et je les vois poursuivre la rue tout droit, en sprint. Pas le temps de crier leurs noms, jʼentends la BAC toute proche. On marche plus tranquillement, en essayant de calmer notre respiration et dʼenlever nos écharpes, et on rejoint le boulevard en contournant par les petites rues.

Nous y resterons jusquʼà la tombée de la nuit, dans une ambiance curieuse. À cause des passants, nombreux sur ce boulevard très fréquenté, qui circulent en vélo, à pieds, accompagnés des enfants, des chiens, des grands-parents… et qui semblent surpris, curieux, puis inquiets en observant le spectacle que montrent les « Forces du Désordre ». Afin de tenir leurs positions, les Condés en Régiments Stupides ont formé une ligne barrant lʼaccès par la route, mais laissant libres les trottoirs. La Bac, un peu en avant, observe la foule. Je prends lʼhabitude de checker régulièrement dans leur direction, de surveiller lʼévolution de leur accoutrement: sʼils mettent les casques, lʼétat dʼalerte est déclaré.

Hormis quelques mouvements dʼavancée et de recul, il ne se passera pas grand chose sur ce boulevard. À part les arrestations (pardon, «interpellations»). Celle que jʼai vue restera à jamais gravée dans ma mémoire : un jeune femme est au sol, sur le dos, traînée par les bras par deux Gogo-Gadgets sur plusieurs mètres. Elle crie. Des photographes quittent la scène en courant, pliés en deux, ils toussent.

La suite de cette protestation nʼa pas grande importance, sans surprise les plus motivés poursuivent en cortège dans les petites rues, surveillés de près. Des poubelles sont renversées tout au long du chemin, quelquʼun tape à coups de selle de vélo sur les rideaux de fer des commerçants. Un jeune homme vide sa bouteille dʼeau sur une poubelle qui commençait à prendre feu. On ne reste pas longtemps dans ce défilé. Ce qui a plus compté, à mes yeux, cʼest la suite de cette journée.Le traitement médiatique autour de cette manif nous surprend peu: on annonce deux policiers blessés, on parle de lʼinterdiction du rassemblement, des voitures brûlées. Le dépêche de lʼAgence France Presse est inlassablement répétée, quel que soit le site que lʼon consulte. Mais ça nʼa plus dʼimportance, on ne pourra pas changer ce système là. La presse et la télévision, de mèche avec les instances gouvernementales, ça ne date pas dʼhier. De toute façon ce sont les mêmes qui donnent les ordres à ceux à qui on a eu affaire aujourdʼhui. On parle surtout de tout ce que cela nous inspire : les moyens dʼaction, les personnes rencontrées au cours de la journée, les contacts quʼon a pu faire et les idées que cela nous a donné. De cette journée je garde un élan de solidarité qui mʼa permis de comprendre que je ne suis pas isolée. Depuis des années, assise le cul sur mon canapé, je me lamente sur la marche du monde et lʼabsurdité de la société qui mʼentoure. Mon scepticisme est conforté par lʼidée quʼil y «a tellement à faire!». Cet immobilisme passif du quotidien, dans lequel je me suis engluée, mʼavait rendue triste. Je nʼarrivais pas à mʼépanouir, me sentais toujours en manque de quelque chose. La mort de Rémi Fraisse a jeté un pavé dans mon marasme. Elle a bousculé mes œillères et mʼa révoltée, me permettant de recommencer à mʼinformer. Ce que jʼai vu et lu, sur les violences policières; jʼavais beau en avoir conscience, je ne le réalisais pas. Jʼai voulu voir par moi-même, constater de mes propres yeux que cette démocratie nʼest pas la mienne. Cʼest peut être pire ailleurs, mais cʼest déjà intolérable. Je ne veux pas dʼun monde où lʼon matraque des civils pour avoir osé prendre la parole, exprimer une opinion, proposer une alternative au mode de vie actuel. _Les écolos dérangent par ce quʼils ont dʼespoir et de générosité dans une France déprimée.On nous interdit de montrer comment lʼEtat et ses agents agissent. On nous interdit dʼagir sur la politique de notre pays. On nous interdit de croire que de meilleurs lendemains sont possibles.

Mais nous sommes nombreux à en vouloir, à être déterminés à en finir avec ce type de dysfonctionnements. Ce samedi 8 novembre, nous nous sommes rencontrés. Jʼai retrouvé le courage de mes opinions, et je me sens capable de faire face à la suite.

Marie, pour l’Agence des Copains.



À l’épreuve des actes

Ce vendredi 7 novembre, j’ai eu du mal à m’endormir le soir. L’appréhension. Des années que je me sens profondément engagé dans la révolte face à la marche du monde, mais jamais bien plus loin que des bouts d’opinions, quelques discussions certes intéressantes mais sommes toutes, l’indignation dans l’inaction.

Et là, ça allait être une manif violente, physiquement, ce qui ne fut pas le pire, car je n’en ai pas subi directement les conséquences le lendemain. Le choc de ma prise de conscience sur le terrain restera en revanche extrêmement marquant.

Après une trop courte nuit de sommeil, nous partons avec Marie – dont c’est aussi la première « véritable » manif aujourd’hui, rejoindre Unai à Millau, direction Toulouse chez Laura. Ça se bouge là-bas, depuis la mort de Rémi Fraisse dans la nuit du 26 octobre sur le site du barrage de Sivens tenu par la ZAD. Appel au rassemblement face à la répression et aux violences policières. Et à la radio sur la route, on entend que non seulement la manifestation mais également le rassemblement sont interdits. Et qu’ils ont renforcé le déploiement de « forces de l’ordre ». Ouais, j’avais alors encore la naïveté de les nommer comme ça.

Ainsi, violence il y aura. Je me l’imagine mal car je n’y ai jamais été exposé, mais la petite boule au ventre s’accentue pas mal. Mélange de peur et d’excitation.

On arrive sur place peu après le début du rassemblement, vers 14 heures.

On retrouve Lucie, Marcelle et Benoît qui commence déjà à faire des photos, on nous propose du pain cuit à la ZAD du Testet et on nous distribue des consignes de sécurité ainsi qu’une sorte de manifeste d’une page, très bien écrit et intitulé « Police partout, assemblées itou ? ». Oui, ça gueule, ça manifeste, mais ça propose des solutions aussi… Il suffit de s’informer un peu pour le percevoir.

Jusque là ça dépasse pas vraiment mon niveau de compétences en matière de manif, et malgré les deux impressionnants cordons de gardes mobiles qui ferment nos accès aux deux boulevards adjacents (Lazare-Carnot et celui de Strasbourg), c’est plutôt calme.

Forcément, dans ce genre de rassemblement, on assiste à des dissensions idéologiques, et ça m’énerve. Est-ce que la manif doit toujours diverger autour de petites querelles de drapeaux, ou pinailler sur des points de détail, des batailles sémantiques ? C’est tellement dur d’en faire un vrai lieu de débat.

Une longue minute de silence est observée, pour Rémi.

Puis le brouhaha reprend. La brigade des clowns fait son job, ils sont quand même forts eux, de très bons acteurs de la manif ! Ça tente de lancer des chants écrits sur des airs populaires avec quelques instruments, des types prennent la parole, mais tout ça dans un vieux mégaphone inaudible, jusqu’à ce qu’un membre du NPA clarifie la situation (pas toujours évident a capella) : ils avaient demandé le matin à ce qu’on propose au moins un nouveau parcours pour la manifestation, et, il y a 10 minutes, leur était parvenue une autorisation (quel honneur!) de défiler jusqu’à la médiathèque. Je m’informe, ne connaissant pas Toulouse ; ah, d’accord, la médiathèque, c’est à peine 500 mètres plus loin, on la voit d’ici.

Bim. Désunion directe. Qu’est-ce qu’on fait, on défile jusque là-bas parce qu’on est là pour ça ou on refuse sous prétexte que c’est uniquement ce qu’ils acceptent de nous laisser faire ? Nous, de toute façon, on suit jusqu’à ladite médiathèque Lucie et les étudiants du Mirail, cette fois-ci en tête de cortège. La semaine dernière, c’est le Black Bloc qui était aux premières loges dès le début, et lorsque je les vois commencer à se mêler à la manif qui s’avance, je réalise un truc : y en a qui veulent vraiment en découdre. C’est pas une solution de dernier recours à les entendre : « flics, porcs, assassins », « flic suicidé, à moitié pardonné », « un flic, une balle, justice sociale ». Ça me fait sourire, et en même temps je ressens un malaise : ces mecs dégagent une sacrée violence, fringués tout en noir, visages masqués, slogans haineux…

Un clown les invective, sans trop sortir de son jeu d’acteur, leur posant des questions sur la nécessité de la violence et d’aller au contact forcé, leur explique que les actions non-violentes sont possibles. Faut bien avouer, de base, je suis bien plus sympathisant d’un mec comme lui.

Heureusement pour moi et mes idéaux confortablement confortés, au fur et à mesure qu’on s’avance dans l’allée Jean Jaurès, les musiciens et les clowns mènent le cortège, qui vient évidemment très vite buter sur un véritable mur de camions-grille et de CRS munis de tonfas, masques à gaz, lances-grenades lacrymogènes, bombe de gaz-poivre et autre joyeusetés…

Les clowns font les pitres devant eux, les musiciens donnent du Bella Ciao en veux-tu en voilà, on prend une photo souvenir devant les flics en armure, le clown de tout à l’heure rigole devant le Black Bloc en doublant leurs slogans avec un didgeridoo, et pourtant…

Pourtant l’ambiance est pour moi inhabituellement lourde. Une tension électrique, presque palpable, flotte dans l’air. Deux atmosphères distinctes se dessinent devant le cordon policier : les militants pacifistes d’un côté, qui s’assoient devant les CRS, et ceux plus virulent qui se préparent à l’affrontement.

Les flics commencent alors à avancer, lentement, dans l’optique de faire reculer les manifestants. Un coup d’œil en contrebas de l’allée Jean Jaurès suffit à comprendre : nous sommes pris au piège. Un autre cordon nous attend en bas de l’avenue, et toutes les rues adjacentes sont barrées par des troupes armées.

Devant, ça reste assis, en signe de protestation pacifique, pour réclamer au moins le droit de défendre ses idées sur la place publique. Le seul droit qu’ils obtiennent est d’être les premiers à subir les bonbonnes de gaz-poivre à bout portant.

On entend des membres du Black Bloc s’avancer en préparant la prochaine phase de la manifestation : « au boulot les gars ! ».

Ils n’ont rien le temps d’entreprendre, car soudain c’est parti.

Deux bruits secs, les yeux se lèvent, j’aperçois deux objets cylindriques partir en cloche au-dessus de nous pour éclater en l’air et se disperser en fragments qui tombent au sol. Autour de moi tout le monde court, on s’attrape par la main et on détale devant les foyers de fumée opaque qui se déclenchent : bonjour les lacrymos. Je connaissais pas, sauf en vidéo bien sûr. Ça paraît peut être pas mais ça fait un mal de chien aux yeux et aux voies respiratoires, et alors qu’on cavale on entend des gens crier « ne courrez pas ! ». Il ne faut pas courir. Pour les poumons qui s’exposent plus vite au gaz CS, insupportable. Et parce que c’est ce qu’ils cherchent. Pour nous isoler et mieux nous arrêter.

On bat en retraite le long de la grande allée, et autour de nous l’entraide commence. Il est impressionnant et capital de constater que dès les échauffourées lancées, l’unité s’instaure à tous niveaux.

Exit, les querelles autour de la façon d’envisager les messages portés par la manifestation. Exit, l’agacement provoqué par des gens dont tu n’apprécies pas forcément les prises de position.

Il s’agit de rester unis, face à la violence policière implacable.

Le repli est émaillé d’échanges plus ou moins violents entre les Black Blocs qui montent des barricades à une vitesse impressionnante et les lacrymos et autres grenades assourdissantes de l’autre. Des ersatz de cocktail molotov atterrissent dans de petites gerbes de flammes, une bagnole crame pas loin – certains dans la manif ont par la suite dit que c’était le fait d’une grenade lancée par… les flics eux-mêmes, mais on ne le saura probablement jamais, et surtout pas aux infos du soir.

Les même infos du soir qui seront relayées par les médias en présence : iTélé, Canal +, la Dépêche du Midi… autant de journalistes qui ne semblent faire tourner leurs caméras que pour dénoncer la violence des manifestants. En effet, retourné au début de l’allée, le gros de la manif est donc piégé face à des cohortes de gardes mobiles, masques à gaz chaussés… Inquiétude… Et seuls les manifestants filment à l’aide de leurs portables, devant un camion… d’iTélé justement. Ils vont quand même pas gazer des centaines de personnes impuissantes, dont certaines très jeunes et d’autres très âgées, après les avoir pris en tenaille grâce à un dispositif de forces disproportionné ?!

Après de longs instants d’attente, de « laissez nous sortir » scandés aussi par ceux qui sont de l’autre côté (« laissez-les sortir »), je remarque un discret mouvement de foule vers la porte de l’un des bâtiments de l’allée. Une résidence s’est ouverte, j’interpelle Marie et Laura et on fonce. Un type tient la porte – « dépêchez-vous, ça donne sur le boulevard derrière » : c’est beau de solidarité et à la fois très impressionnant. On s’engouffre dans le couloir ; un coude, puis une porte de sortie sur le boulevard de Strasbourg… qui se referme juste derrière Unai qui nous avait suivis. Trop tard pour Benoît qui était juste derrière et n’a que le temps de faire demi tour.

Putain… le choc. Ils sont là pour nous mater. Ils pénètrent même dans les propriétés privées. Ils n’ont pas le droit, le savent pertinemment, et s’en foutent pas mal.

Ma haine intérieure commence à grandir. Je me surprend à hurler un « comment vous dormez le soir ?! », je fulmine de plus en plus : qui servent-ils, que font-ils là, gazant, encerclant et chargeant leurs frères humains qui réclament non pas la violence gratuite, mais la fin de celle qu’ils défendent ?

Une rue est finalement libérée pour désengorger l’allée Jean Jaurès, on y retourne pour retrouver Benoît, et au moment de repartir, des personnes nous dépassent en courant. « BAC ! BAC ! ». Ça charge. Je me retourne et vois une brigade de type encagoulés et casqués, matraques télescopiques en main.

On est juste quelques uns à tourner direct sur la ruelle de droite avec un groupe du Black Bloc qui nous encadre : « Courrez pas ! On jette les fringues ! Calmes les gars ! On se disperse après le croisement ! »… Ces types sont très organisés. Le Black Bloc n’existe pas avant ni après la manif, mais se forme le temps de l’action. La violence qu’il dégage et qui me dérangeait une heure avant s’avère être le seul moyen de défendre un rapport de force sinon équitable, du moins nécessaire. Le mec tout en noir, quand tout le monde courre et malgré tout ce que t’en penses, c’est ton frère, et il est organisé pour la survie du bloc contestataire, nécessaire à ce rapport de force. Le flic, lui, est une machine violente et insensible, aveuglé par la lâcheté d’obéir connement aux ordres.

Les convictions, ce pourquoi l’on marchait côte à côte quelques minutes avant, la mort de Rémi, le projet de barrage inique et destructeur de Sivens, tout ça disparaît pour laisser place à l’adrénaline. Maintenant je comprend : la manif n’est pas un lieu de débat, ça me paraît après coup tellement évident. On fait front, face à leur violence, on reste soudés quoiqu’il arrive, dans un état d’alerte quasi-permanent. Il faut surveiller les CRS, qui donnent le signal de nouveaux jets de lacrymos en remettant leurs casques et leurs masques, mais surtout les brigades de la BAC. Extrêmement virulents, habillés en civils, ils se déplacent en groupes, parfois sans aucun signe distinctif, puis remettent soudainement leurs brassards pour charger un groupe de manifestants.

Chacune des personnes autour de toi est désormais un camarade face à la violence et la lâcheté.

Violence des interpellations sur le boulevard de Strasbourg : des charges rapides pour disperser les premières lignes de manifestants et en chopper un pour l’exemple, quitte à le frapper à plusieurs au sol.

Lâcheté des méthodes : toujours en petits groupes, gazant à l’aveuglette dès qu’une personne s’approche trop près. Des camions fendent même la foule de manifestants mêlés aux civils en gazant par une ouverture qui laisse juste la place pour passer une main et une bonbonne de gaz-poivre.

ACAB. All Cops Are Bastards. Flics : porcs, assassins, s’il le faut. L’homme derrière l’uniforme n’est qu’un animal en cet instant. Il exerce un métier où la violence et la mort qu’il engendre sont légitimées par les décisions d’un pouvoir aveugle. Ils refusent qu’on manifeste, ils refusent de nous entendre, ils semblent à peine comprendre et percevoir ce qu’ils défendent, répriment avec une violence inouïe, commettent des meurtres… et sont là, en face de moi. Et je n’ai pas le courage de faire front physiquement.

A défaut, je fait nombre, simplement présent, réactif, et solidaire. Les types interpellés sont embarqués de force à l’arrière des camions aux cris de « n’oublie pas, n’oublie jamais, on est tous derrière toi, t’es pas seul ! », les fioles de sérum physiologique et les rasades de citron (efficaces contre la fumée des gaz lacrymogènes) se distribuent comme des petits pains et on voit régulièrement des manifestants se retirer vers l’arrière, les yeux rouges et la gorge en feu, crachant, voire vomissant sous l’effet du gazage massif.

S’en suit une après-midi d’échauffourées sur le boulevard (on avance, on recule, on évite les charges et on recommence). On entend beaucoup de passants solidaires, qui rendent compte de la violence policière et soutiennent les inculpés de plus ou moins loin. Il y en a également pour venir gueuler leur rage de voir des délinquants salir l’image du citoyen français, parce qu’eux votent et savent pourquoi… D’ordinaire, ça m’aurait presque plu de débattre, là j’ignore directement : ces gens-là sont dans une réalité parallèle, un confort auxiliaire en marge de la convergence des luttes. Si ce monde leur convient et que la riposte populaire les dérange, qu’ils s’écartent, ils font perdre du temps.

A la tombée de la nuit, on suit le Black Bloc qui part dans les rues du centre-ville jouer au chat et à la souris avec les flics. On se laisse porter par le mouvement, un feu de Bengale rouge éclaire la tête du défilé, de nuit ça a de la gueule. C’est assez rassérénant de faire partie du groupe, la tension est plus ou moins retombée. Le problème en ce qui me concerne, c’est qu’en l’absence de flics, des mecs renversent toutes les poubelles qu’on croise, ça tambourine à l’aide de masses artisanales aux volets des commerçants fermés, ça invective ceux qui rabattent leur devanture à l’approche de ce cortège. « Tout ! Le monde ! Déteste la police ! ». C’est vrai, mais là ils n’y sont pas. Selon moi, en les suivant maintenant on ne cautionne qu’une autre forme de peur, stérile… Je commence à vouloir me barrer, avec les autres, on s’éloigne. Passé un temps, la volonté de se faire entendre était devenue vaine et les débordements, gratuits.

Cela dit, avant qu’on parte, ils pètent les vitres de distributeurs de billets d’une banque. Là, moins de scrupule en revanche, tout se recoupe : la vague contestataire peut (et doit) rester malgré tout sensée. Merde à leur économie néo-libérale brutale (« tiens, tes agios ! », ça c’est du slogan), merde à leurs services « d’ordre » excessifs gardiens du chaos social, merde à leur monde.

Après un dernier sit-in sur la place du capitole, la manif se disperse. On part boire des coups bien mérités et en y repensant autour de quelques bières, je me sens étonnamment bien. J’ai vraiment l’impression d’avoir vécu aujourd’hui. Vécu à travers la force du groupe, à travers l’unité dans la révolte, toute nouvelle soit-elle. Si violence il doit y avoir pour qu’on ne courbe pas l’échine peu à peu, je l’appréhenderai moins je pense… et ce slogan a pris tout son sens pour moi aujourd’hui : un peuple uni ne sera jamais vaincu. Malgré les interpellations et les 2 ou 3 blessés du jour… et encore, on m’a signifié qu’ils ont moins chargé qu’à l’accoutumée aujourd’hui, on n’a pas subit ce qu’on appelle des tirs-tendus, et le nombre de blessés aurait pu être bien plus élevé…

Je suis et souhaite rester profondément pacifiste, mais s’il suffisait de le dire pour s’en convaincre ce serait trop beau. Je n’arrive toujours pas à imaginer la violence comme seule solution afin de protester contre un régime politique ou économique… Samedi j’ai pigé que nos gouvernements ont moins de scrupules.

Voilà pour mon premier pas de militantisme acté. Ce témoignage m’a semblé utile dans la mesure où il retrace le pas de la contestation passive au passage à l’action, nécessaire afin de prendre du recul à la fois sur le traitement médiatique de l’information, mais surtout sur ses propres convictions. Convictions qu’on a souvent tendance à laisser dériver vers une bien-pensance forgée d’opinions construites de toute-pièce, et pas assez sur des observations. Je pense que quiconque souhaite réellement s’indigner et contester doit venir mettre à l’épreuve sa subjectivité sur le terrain. Je serai à la ZAD le week-end du 22 novembre, un nouveau rassemblement y est prévu. J’ai hâte.

M. Giraud, pour l’Agence des copains.


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